"Danse avec les grues" par Danielle & René Peltier
A- SUEDE :
Introduction
Lors de notre périple en Scandinavie en 2009 (voir l’article "Scandinavie ornitho" des mêmes !) et alors que nous reprenions le chemin de la maison, en suivant peu ou prou l’itinéraire décrit par Desjardin, nous avons découvert le lac Hornborga : ce fut une sorte de coup de foudre.
Tout d’abord, n’essayez pas de le prononcer à la française, ni même à l’anglaise, avec la traditionnelle « patate chaude » dans la bouche, vous n’aurez droit de la part d’un suédois qu’à un froncement de sourcil interrogateur. Je ne vais même pas essayer de le transcrire en alphabet phonétique, ça serait encore pire, toutes mes tentatives de prononciation sous la houlette bienveillante d’un autochtone ont simplement vu le froncement de sourcil se muer en un sourire bienveillant, ponctué par un inévitable « Le suédois n’est pas une langue facile… », « Le français non plus, mon brave monsieur… »
Le coin est charmant et la faune locale en particulier l’avifaune, même en début d’été, prometteuse. De plus nous y avons découvert, ce qui est assez mal connu des ornithos français que c’était une halte pour la grue cendrée à son retour d’hivernage et avant sa dispersion sur les sites de nidification, les concentrations dépassant les 10 000 individus ( record : 18500 en 2009). Certes le français chauvin qui sommeille en beaucoup d’entre nous va faire une moue dédaigneuse « Pfff…chez nous au Der ça dépasse les 70 000… »
La moue va disparaître et se muer en lueur d’envie en apprenant que la grue se livre sur ce site à des danses prénuptiales spectaculaires, que le site est aménagé et que la demoiselle d’habitude plutôt farouche se laisse approcher, admirer et photographier de très près.
Bref quand nous avons mis le cap sur la maison le ver était dans le fruit et le projet encore vague mais insidieux « Et si on y retournait au printemps prochain » Le ver s’est finalement transformé en papillon et en une expédition de deux semaines en Suède du sud avec comme point d’orgue les grues à Hornborga et la location d’une cabane, ( "hide" en anglais ou "gömsle" en suédois). La région est tellement riche en oiseaux que le point d’orgue devint une simple mesure parmi d’autres au milieu d’une partition particulièrement attrayante.
Le périple
Fidèle à ce qui est devenu un mode de vie, le voyage et l’hébergement se sont faits en camping-car (il doit y avoir une sorte de prédestination, à moins qu’il ne s’agisse d’un fantasme longtemps refoulé, voir la décoration du panneau arrière).
Il s’est déroulé du 6 au 18 avril 2010 dans la partie sud de la Suède. Les numéros sont ceux du guide de Gustav Aulen
La préparation
La préparation du trajet a été faite à partir :
du bouquin « Where to watch birds in Scandinavia » de Gustav Aulen aux éditions "Stackpole books", livre bien fait avec des indications de localisation précises et fiables, en vente chez amazon.fr ( à un prix qui incite à la photocopie).
Les lieux d’observation reprendront les n° de ce guide.
d’échanges avec Jean-Marc Lustrat,( merci pour la Chouette lapone et l’étang de Stenstorp, à l’est de Broddetorp)
d’échanges avec Suzanne Schlytter, ornitho suèdoise.
des guides verts et routards, finalement peu utilisés-on n’a fait que du tourisme ornitho-.
Bibliographie : Je recommande la lecture du livre de Laurent Gouzy et Pierre Petit « la Grue Cendrée histoire naturelle d’un grand migrateur »Aux éditions du Sud-Ouest, c’est intéressant, bien écrit et bien illustré.
Location de la cabane
Plusieurs auteurs affirmaient qu’il était préférable de faire la réservation au préalable, ce que j’ai fait au mois de février, la location étant ouverte au mois d’octobre précédent. En fait la veille et le jour même où nous y étions seulement la moitié des huttes étaient occupées. Il semblerait qu’autour de la date de la fête de la grue, le dimanche 11 avril cette année, la location soit complète des mois à l’avance mais que, en s’écartant un peu de cette date, les choses soient différentes. Je pense finalement que si on n’est pas prisonnier d’un créneau serré de calendrier le risque n’est pas considérable à ne pas réserver et à s’inscrire sur place au Naturum Trandansen.
La réservation si elle est faite à l’avance doit se faire auprès de l’office de tourisme de Falköping
Adresse courriel : info@falkoping.nu
Des infos peuvent être trouvées sur le site : www.falkoping.nu Ou à l’adresse : Falköping Nu Turistbyrå/Tourist Office Trädgårdsgatan 27 521 42 Falköping 0515-77 70 50
Le prix pour 2010 est de 700 sek (couronne suédoise) soit environ 70 € Le paiement peut se faire en euros moyennant un petit supplément correspondant à 50 sek mais qui permet de limiter les frais bancaires du virement à 3€ (contre plus de 30€ si le virement est fait en sek) Coût total 78 €.
Cartes utilisées
Michelin 711 Scandinavie Finlande au 1/1.500.000
Kümerly+Frey 1/250.000 Suède du sud (ouest) et (est)
Impressions à petite échelle des sites de « Where to watch birds » à partir de la carte suédoise :
http://www.gis.lst.se/lanskartor/htm/viewer.asp ou de Google map
Cartes utilisées
Michelin 711 Scandinavie Finlande au 1/1.500.000
Kümerly+Frey 1/250.000 Suède du sud (ouest) et (est)
Impressions à petite échelle des sites de « Where to watch birds » à partir de la carte suédoise :
http://www.gis.lst.se/lanskartor/htm/viewer.asp ou de Google map
Considérations générales
Nos constatations de 2009 se sont confirmées :
Les Suédois sont des gens charmants, accueillants et rendant service
Il est extrêmement agréable de circuler dans ces pays où le respect de la vitesse fait partie des gênes des automobilistes,
Le stationnement nocturne est faisable à peu près partout en toute sérénité moyennant le respect des personnes et des lieux et un minimum de discrétion, nous avons surtout pratiqué les parkings de réserve naturelle, quelquefois en compagnie d’autres CC, les parkings publics dans des villes touristiques quasiment désertes à cette époque.
Alors que le CC nous procure une autonomie énergétique absolue, le plus problématique sera encore la vidange des eaux usées, on s’en tirera avec un passage sur une aire de service d’autoroute au Danemark avant le pont de Dense et une aire de service au camping de Falköping ouvert toute l’année
Le périple a été un véritable enchantement, il faut bien avouer que le spectacle de plus de 10.000 grues en train de danser dans le vacarme de leur grous…grous…caractéristiques, mêlé aux coups de trompette sonores des cygnes chanteurs est une expérience qui ne s’oubliera pas de sitôt. Passer 15h dans une cabane au milieu de cette agitation et de ce tumulte est proprement magique. Quand en plus le soleil est de la partie !
En route vers Hornborga
Comme la route est encore longue jusqu’à Hornborga et histoire de vous faire patienter, je joins les fichiers sons réalisés à partir des séquences filmées dans la cabane (1/2 h en tout). C’est moins class que Sittelle mais plus authentique. Ça vous donne déjà une idée de l’ambiance.
Mardi 6 avril 2010
Arrivée en Suède par le pont de Copenhague. Le pont est de loin le plus intéressant pour un camping car
comme le nôtre, le tarif est celui des véhicules légers. Ça fait 2 à 300 kms en plus mais pas besoin de réserver ni d’attendre un embarquement sur un ferry dont le prix sera toujours prohibitif.
1ère nuit à Falsterbo (1) dans la presqu’île du même nom à l’extrême sud de la Suède.
Ce site est appelé le Gibraltar de la Suède, on le comprend par sa situation mais franchement le score
est un cran en dessous, ceci dit, c’est le propre des sites de migration d’offrir un spectacle très irrégulier.
Nuit tranquille sur la parking désert du musée local fermé.
Mercredi 7 avril 2010
Balade sur le golf, à la pointe sud , autour du phare, en quelques heures on verra quand même : harles huppés, tadornes, 1 mâle harelde boréale, 2 femelles garrot à oeil d’or, cygnes tuberculés, sarcelles d’hiver, 6 bernaches nonnettes en vol, eiders à duvet, 1 grèbe huppé, foulques, chevaliers gambettes huitriers pie, 2 courlis cendrés, des alouettes des champs, bergeronnettes grises, 1 couple de linottes mélodieuses, vanneaux huppés, grives litornes, corneilles noires et mantelées, sitelles torchepot variante scandinave que nous reverrons, pouillots véloces, goélands cendrés, mouettes rieuses, femelle busard des roseaux, colverts, 1 bruant des roseaux .
Petit tour au port de Skanör : avocettes, cygnes, chevaliers gambettes, crécerelles, sarcelles d’hiver vanneaux,
Séance de sea watching sur le golfe (avec un e) cygnes, milouins, morillons, avocettes, crécerelles,
sarcelles d’hiver, vanneaux
Au total peu sinon pas de passage mais pas mal de monde quand même, bref bon début.
Départ pour le lac de Krankesjön (2) (pléonasme, jön veut dire lac en Suédois) une erreur de nav nous fait passer sur la route empierrée entre Vomb et Silväkra et là : chevreuils, morillons, 2 milans royaux, corbeaux freux, choucas, oies cendrées, 2 bécassines en vol, tadornes, gambettes, sarcelles d’hiver, 2 grues et surtout, cerise sur le gâteau, quelques centaines d’oies rieuses.
Après un coup d’oeil aux panneaux de la réserve Klingavälsän nous croyons comprendre que ce sont des hivernantes régulières, nous les reverrons le lendemain mais une semaine plus tard sur notre chemin du retour elles auront disparu.
Oies rieuses
Arrivée à Silväkra et arrêt sur le parking de l’observatoire où un collègue suédois a décidé de faire de même.
Depuis l’observatoire alors que le soir tombe, magnifique vols de milliers d’étourneaux qui dessine des formes fantastiques et changeantes, quel est le … qui a laissé le caméscope dans le camion ! Le temps de foncer en courant rattraper cette erreur et le spectacle a déjà perdu en intensité et seules quelques secondes seront enregistrées. Sur le lac grèbes huppés, morillons, milouins, oies cendrées, grands cormorans foulques.
Au total plutôt une bonne journée. Nuit tranquille.
Jeudi 8 avril 2010
Vacarme d’oies cendrées qui passent dans tous les sens.
Depuis la tour et l’observatoire sur le lac : oies cendrées, garrots à oeil d’or, siffleurs, souchets, chipeaux, morillons, bruant des roseaux, tadornes, un balbuzard en pêche, busards des roseaux, milans royaux et un pygargue en maraude,
En bas de la tour bagarre de pics épeiches et accouplements.Promenade sur le chemin forestier : six pics épeiches, un pic noir, un accenteur mouchet, pouillot véloce, pinsons des arbres, mésange nonette, mésanges à longue queue, six grues en vol, deux chevreuils, tarins, Moineaux friquets, Pic épeiche Pic noir.
Retour sur la route de Vomb : oies cendrées et rieuses, courlis cendré, alouettes des champs, vanneaux, busards des roseaux, milans royaux, tadornes, huitriers pie, 8 grues cendrées (ça augmente !)
Départ vers la côte de Halland et la péninsule de Küllaberg (5)
Arrêt pour la nuit à Mölle sur un parking surplombant la côte rocheuse et un blockhaus ! La côte de Halland sur la mer du Nord à l’ouest de la Scannie est un haut lieu de la migration, en choisissant bien sa période (sic) on peut y voir tout un tas d’oiseaux, limicoles, passereaux, oiseaux de mer en stationnement ou en route vers leurs sites de reproduction plus au nord. Cette côte est jalonnée de réserves : plus d’une trentaine jusqu’à la frontière norvégienne avec points d’observation, tour ou observatoire, Bruant des roseaux
– Vendredi 9 avril 2010
La côte de Halland - Vendredi 9 avril 2010
Pointe de Küllen et son phare. Là se trouve une maison de la réserve où l’on récupère quelques conseils dont celui de faire la balade en forêt le long de la côte balade sympa. un grand corbeau, des sitelles bruyantes et actives, des pinsons des arbres, des mésanges bleues et charbonnières, un bruant jaune.
En mer depuis le phare ; eiders à duvet, un harle huppé, un guillemot, goélands cendrés et argentés, un rouge queue noir.
Sittelle torchepot
La photo n’est pas à l’envers ! Sittelle torchepot scandinave dans une attitude typique. Elle diffère de la nôtre par une gorge et un ventre tout blanc.
Svanshall :
En mer tadornes, mouettes rieuses, eiders en vol, trois harles huppés, deux huitriers, une tête de phoque assez fugitive. Nuit sur un petit emplacement de camping à côté d’un port minuscule le nez du camion à quelques mètres de la mer. Possibilité de vidange/remplissage (sauf les eaux grises)
Samedi 10 avril 2010
Plusieurs arrêts pour observation en mer à Jonstorp sur la digue, Farhultsbaden marche le long de la plage à Jonstorp ; huitriers pie, tadornes, barges rousses, sarcelles hiver, courlis cendrés, avocettes, chevaliers gambettes, oies cendrées.
Ulvälinge
Réserve naturelle en fond de baie, entourée de roselières, le coin doit être réputé car cinq ornithos sont en faction l’oeil dans leur lunette : un harle huppé, mouettes rieuses, chevaliers gambettes, courlis cendrés, sarcelles d’hiver, tadornes, huitriers pie, avocettes, trois barges rousses dont un en nuptial, goélands cendrés et argentés, (pas vraiment de raretés !)
Melbystrand,(15)
Censé abriter en migrations de grandes concentrations de macreuses, rien ce jour là.
Réserve de Morups Tänge (17)
Petite péninsule pas très facile à trouver.
Beaucoup de monde dans la baie avocettes, vanneaux, chevaliers gambettes, barges rousses, eiders à duvet, garrots à oeil d’or, grands cormorans, courlis cendrés, goélands cendrés et argentés, mouettes rieuses, harles huppés, grands gravelots, bécasseaux minutes, tadornes col verts, cygnes. Nuit sur le parking de la réserve.
Linottes à bec jaune
Dimanche 11 avril 2010
Les mêmes + siffleurs, 1 plongeon (catmarin ou arctique) , 1 couple de grèbes huppés, balade jusqu’au phare, dans la lande : des huitriers pie en grande activité manifestement en parade, dans les taillis 2 linottes mélodieuses, traquet motteux. 1 couple de verdiers.
Arrêt dans la petite réserve de Galtabäck petit port avec un petit chantier et un bateau traditionnel en cours de restauration, huitriers pie, chevaliers gambettes, tadornes, courlis cendrés, colonie de mouettes rieuses, en mer : eiders, col verts.
Varberg et la réserve de Getteron (16)
quasiment dans la banlieue de la ville.Réserve réputée et particulièrement bien aménagée : maison de la réserve, plus touristique qu’ornithologique mais où on trouve quand même des indications sur les espèces présentes, trois observatoires et une tour. Un grand troupeau de bernaches nonettes, une bernache du Canada, canards siffleurs, canards chipeaux, sarcelles d’hiver, tadornes, huitriers, courlis cendrés, barges rousses, vanneaux, grandes colonies de rieuses en pleine excitation, oies cendrées, moineaux friquets, avocettes, garrots, un chevreuil en bois de velours. Pas mal mais un peu décevant par rapport à la réputation de la réserve et à nos attentes.
Départ pour Hornborga.
Arrivée à proximité de Hornborga,(22) ; petite visite à la réserve de Skövde, ancienne carrière exploitée par une cimenterie et réhabilitée en réserve, elle abrite un ou peut-être même un couple de grands ducs, si, si c’est marqué sur le panneau d’informations et on nous l’a dit, malgré plusieurs passages, bubo bubo restera invisible. De plus le soir la lumière du couchant à contrejour rend l’observation de la falaise difficile. Malgré tout on n‘est pas venu pour rien : un grèbe esclavon, six garrots, un couple de bernaches du Canada, deux couples de foulques.
Nuit sur le parking du Hornborga Naturum. sympa et tranquille ; seule manifestation sonore nocturne
le caquètement incessant des oies.
Un peu d’histoire : à partir du XVII ème siècle le lac a été progressivement asséché pour récupérer de la surface cultivable jusqu’à ne plus comprendre qu’un marais presque à sec en été. Déjà envisagée dans les années 1930 la réhabilitation du lac fut décidée et entreprise dans les années 1985 par le ministère de l’environnement suédois. Création de digues, creusement de chenaux ont rendu au lac sa profondeur initiale. La grue quant à elle avait pris l’habitude de s’arrêter à Bjurum au sud du lac, et ce à cause du schnaps (sic) : en effet pour alimenter 2 distilleries, la pomme de terre était cultivée et une grande quantité était laissée sur place fournissant aux grues une réserve d’énergie importante avant de finir leur course vers les sites de nidification. Les distilleries fermées dans les années 1960, la culture de la pomme de terre fut abandonnée mais pour garder les grues on décida de leur attribuer une bonne ration d’orge.
Lundi 12 avril 2010
Depuis les observatoires sur le lac et autour du centre nature : foulques, milouins, morillons, chipeaux, sarcelles d’hiver, vanneaux, grèbes huppés, mouettes rieuses en effervescence avec accouplements, garrots à oeil d’or, bernache du canada, oies cendrées, harles huppés, plus loin sur le lac grèbes jougris, et balbuzard, au moins 3 nids occupés, dans les arbres moineaux friquets. Tout le monde niche dans le coin quelquefois très près. Le lac Hornborga tient ses promesses. Coup de téléphone : Louisette et Pierre-Roger Martin (brillants photographes bordelais )sont en route pour une expédition de trois mois en Scandinavie et ils sont à Hornborga au Naturum Trandansen. Une 1/2 h plus tard rencontre et échanges d’infos et de bons coins (en particulier la chouette lapone),on se reverra.
Depuis la tour Fäholmen : harles piette, deux couples de harles bièvre, foulques, grands cormorans, un grand corbeau en vol avec un oeuf dans le bec, 1 cygne chanteur, des cygnes tuberculés, grèbes huppés, oies cendrées, siffleurs, grèbes jougris, entendu le butor ; entre la tour et le parking : six linottes à bec jaune dans un chêne identifiables de loin grâce à leur gazouillis caractéristique, un bruant jaune et une buse pattue en vol (coche).
Monsieur milouin à la sieste.
Madame et Monsieur siffleur.
Madame et Monsieur grèbe jougris.
Monsieur Garrot à oeil d’or.
Le centre d’accueil Naturum Trandansen coté spectateurs...
Naturum Trandansen,
Alors là, le spectacle spectacle est inoubliable : des milliers de grues, (13 000 ce jour-là et le record est à 18500) des centaines de cygnes chanteurs, des centaines de canards siffleurs, des foulques, des sarcelles d’hiver quelques vanneaux et deux hérons cendrés. Le spectacle surprend d’autant plus lorsque l’on a déjà essayé de rencontrer la dame grise. Au Der elle est particulièrement farouche, il est difficile de l’approcher à moins de 2 à 300 m, à Arjuzanx la grue en train de picorer le maïs se laissera approcher d’un peu plus près à une petite centaine de m. Mais ici les grues et les cygnes sont tout près, à une vingtaine de mètres à peine, picorant les graines, courant, dansant, sautant en l’air le tout dans le vacarme des grous…grous… si caractéristiques de la dame grise et les coups de trompettes sonores des cygnes chanteurs. C’est magique, on en prend plein les yeux et plein les oreilles...
Revenons sur terre, la raison en est les 3t d’orge épandue tous les soirs après leur départ ! ...
coté artistes.
En face des volatiles le spectacle est aussi surprenant, les jumelles, les longues vues mais surtout les téléobjectifs superlatifs s’alignent derrière les barrières. Le dimanche précédent, fête de la grue, on les comptait par centaines. Ce qui permet à certains de dire que Hornborga est la plus forte concentration de grands téléobjectifs dans toute l’Europe du nord !
Face à face
Nuit passée sur le parking avec quelques dizaines d’autres CC, la proximité de la route Falköping- Skara nous change du calme habituel de nos haltes nocturnes.
Mardi 13 avril 2010
Réveil à 5h30 pour rejoindre les places réservées avant l’entrée en scène des artistes. Le jour se lève sur le lac Hornborga, les premières grues arrivent.
On se pose.
Le terrain se remplit, les premiers cris remplissent l’espace ; plusieurs grues, le cou tendu vers le ciel, émettent en coeur leur grous ...grous de coordination.
On se met en voix…,
C’est que les anglais appellent Unisson call : cris de coordination..…
en jambes.
Et c’est parti -
En solo...
La danse du brin d’herbe...
A trois c’est mieux..
.
Ou alors à deux , l’invitation...
...ils vécurent heureux et ils eurent beaucoup de petites grues.
Remarquez la touffe d’herbe entre les doigts du mâle, est-ce une offrande ou bien :"chéri n’oublie pas les patins"...
Certes il y a parfois des brouilles
Le spectacle est impressionnant, plusieurs milliers de grues picorent les grains sur la pente au bord du lac, quelques-unes marchent nerveusement, lèvent le cou et lancent des grous.. grous…sonores, se regroupent à trois ou quatre pour chanter en coeur, puis ici ou là un individu se met à courir autour d’un congénère (peut-être la partenaire) cou en avant et battant des ailes, l’attitude contagieuse en entraîne d’autres qui se mettent à sauter sur place, tourner en rond, faire des bonds en battant des ailes, se livrer à leurs danses favorites.
Une de ces danses typiques est celle du brin d’herbe, la grue attrape un brin d’herbe ou de paille ou une brindille de bois, saute sur place en le laissant retomber.
Les cygnes chanteurs s’en mêlent,
La proximité autorise le portrait serré (photos non recadrées)
Trois ou quatre individus se mettent à battre des ailes, à tourner en rond remplaçant alors leur « whoop » de socialisation par des coups de trompette sonore. L’excitation est à son comble sur le terrain. Clôturant la danse d’un groupe, une des grues chasse une congénère dans une poursuite rapide et brève, peut-être un concurrent.
Le calme revient et tout le monde se remet à manger au son des grous-grous et des whoop puis sans que l’on sache pourquoi l’excitation reprend. Ce manège continue jusqu’au soir. Alors là plus de danse mais toute la troupe se lance dans un final endiablé et les grous..grous deviennent assourdissants puis par groupe de quelques dizaines elles décollent pour survoler le lac et gagner leur dortoir vaste zone tranquille à l’ouest du lac.
Géroudet décrit assez brièvement cette danse mais se limite à l’aspect accordage des couples et préparation à l’accouplement. Gouzy & Petit qui l’appellent « virus Travolta » ne sont pas plus explicites. Or dans cette concentration de plusieurs milliers de grues, la danse a manifestement pris une dimension sociale plus large. Les danses se font souvent en solo, rarement en duo, souvent à trois, quatre, et même jusqu’à la dizaine. Les jeunes de l’année précédente font souvent partie de la fête. Je n’ai assisté qu’à un seul accouplement (mais peut-être y-en-a-t-il eu quand j’avais le dos tourné). La poursuite musclée pour éloigner un des membres est très fréquente voire systématique. Bref il n’est pas facile de reconnaître les futurs ménages dans cette exhibition. La danse c’est épuisant alors… On se refait une beauté…
On boit...
La tache rouge est une partie de peau nue qui se colore sous l’excitation.
Tête de jeune, plus terne et sans tache rouge.
Tudieu quel panache !
En fait ce sont des rémiges et des couvertures secondaires et tertiaires correspondant en gros à la pliure
du coude.
Une journée au cirque Grus Grus
Il se fait tard...
On rentre
Ici c’est le spectateur qui est en cage
La règle impérative, figurant dans le contrat de location de la cabane, prévoit de s’y enfermer avant 17h30
, avant que les grues n’arrivent et de ne plus en sortir tant que le maître de cérémonie, un employé de l’office de tourisme de Falköping n’en ait donné le signal après le départ de la dernière grue après 21h. Faites le calcul, cela représente presque 16 h dans une cabane d’environ 2m x 1m et 1,30 m de haut.
La première question qui vient à l’esprit ; « Mais comment fait-on pour… ? ». Une poubelle garnie d’un solide sac poubelle que chacun portera à sa sortie dans une benne à proximité est là pour les choses de la vie.
Autre question et s’il ne fait pas beau ? Tant pis pour vous, les tickets ne sont pas remboursés. Les grues sont là quand même, mangent, chantent et dansent et il n’est pas interdit de faire des photos intéressantes par temps gris et même par temps de pluie. Le jour où j’y étais le ciel s’est peu à peu couvert pour finalement se dégager complètement vers midi.La différence se voit d’ailleurs sur les photos !
Aspect photographique
Vous l’avez compris on peut faire des photos depuis le centre nature et les routes et parkings avoisinants, l’accès est gratuit. Les grues sont proches mais ne dansent pas à proximité, il sera alors intéressant de disposer d’un bon téléobjectif 400mm (eq 24x36) pour saisir les postures typiques de la danse.
On peut aussi faire des photos depuis les cabanes louées (hide ou gömsle) et le problème est alors tout
différent, les grues et les cygnes sont tellement près que le télé n’est plus indispensable. Je disposais d’un boitier Canon EOS 450D avec un zoom 70-300 et un zoom (hérité de l’argentique) de 28-90, j’ai rapidement rangé le télé que je n’ai plus utilisé qu’à de rares occasions comme pour les siffleurs qui passaient sur le lac à quelques dizaines de m ; je ne me suis plus servi que du zoom trans standard. Le pied est à mon avis sans intérêt car l’action se passe vraiment de tous les côtés et il vaut mieux s’appuyer sur la bordure de l’ouverture (en ne laissant pas sortir le télé, c’est interdit par le règlement !) Prévoir évidemment cartes de rechange, videur de cartes et batterie de rechange : 2000 photos n’est pas un score ridicule, j’en ai fait 1200 (+ ½ h de film) mais en me limitant à cause de la batterie, j’avais épuisé la première un peu vite à vouloir au début regarder systématiquement, trier et supprimer des photos pensant que la limitation viendrait des cartes.
Le principal problème que j’ai rencontré a été d’isoler les grues sur un fond intéressant. Il est facile de saisir une attitude photogénique de la dame grise, plus difficile de la détacher sur un fond la mettant en valeur, il y a toujours des grues derrière (de là à dire qu’il y en a trop !). Certes il y avait bien au sud des cabanes un talus où les grues pouvaient se détacher sur fond de ciel, hélas presque tout l’horizon y est encombré par les arbres. Conseil pour les candidats éventuels, préférer si possible la hutte n°1 l’horizon y est plus dégagé. Ceci dit je ne vais pas faire la « fine gueule », l’expérience est à vivre. On est entouré de grues et de cygnes chanteurs, la proximité est époustouflante : j’ai résisté à la tentation de saisir un cygne tuberculé par le cou, il était à moins de 50cm.
Les cygnes chanteurs approchent jusqu’à 1m et les grues plus timides jusqu’à 1,50m des ouvertures alors même que vous y êtes à condition toutefois de ne pas bouger et ne pas faire de bruit. Je ne dis pas qu’au bout de 15h on ne frôle pas l’indigestion et quand je suis sorti je m’étais juré de ne plus voir les grues que sous forme de magret ou de sot-l’y-laisse mais, serment d’ivrogne, le lendemain je refaisais des photos de grues.
Traduction :
" Les grues sont comptées individuellement à la jumelle le soir quand elles survolent le lac en petites
troupes pour aller dormir".
Nuit sur le parking de Naturum Hornborga où on retrouve le calme habituel.
Mercredi 14 avril 2010
Après tout cela, la suite ne pouvait plus être que fadasse, eh bien non !
Dans la journée on refait les différents sites de Hornborga avec les mêmes présents et les mêmes absents (grand-duc)
Nuit sur le même parking
Jeudi 15 avril 2010
Une dernière visite aux observatoires du centre nature.
Départ pour le nord, en chemin on essaie de trouver le petit lac à l’est de Broddetorp . Après bien des
tâtonnements on le trouve, c’est un étang plutôt qu’un lac au bord de la route de Stenstorp et là : 5à 6
couples de grèbes esclavons en pleine préparation du nid, 1 couple de garrots à oeil d’or, 2 à 3 couples de souchets, 1 poule d’eau, des foulques, des colverts, 1 couple de cygnes chanteurs, 1 couple de chipeaux, des morillons, des oies cendrées, 1 couple de sarcelles d’hiver, 1 bernache du Canada ; de l’autre coté de la route attirés par une gigantesque mangeoire que l’on dirait découpée dans un tuyau de Beaubourg : une sittelle, des mésanges bleues, une nonette, des moineaux friquets, 1 pic épeiche, 2 pinsons des arbres, 3 bouvreuils mâles et 2 femelles, des tarins des aulnes, des gros becs, des verdiers, des grues passent en vol, bilan : la bagatelle de 23 espèces, en 1heure de temps. Le coin doit être sympa un peu plus tard car beaucoup sont nicheurs.
Direction Orebro. En chemin arrêt casse-croûte au lac de Osten petite réserve avec un nom à rallonge et un petit observatoire vitré : 1 couple de pygargues très loin, des garrots, des oies cendrées, 1 grue, des harles bièvres, des sarcelles d’hiver, des grands cormorans et une grosse colonie de mouettes rieuses et de goélands cendrés.
Arrivée près de Vasteras par des petites routes jusqu’au point indiqué par Jean Marc : le départ d’un chemin forestier. Le coin semble connu car plusieurs véhicules stationnent au bord de la route et même sur le dit chemin, un fourgon Master déjà vu quelque part ! Louisette et Pierre-Roger nous ont devancés. Ils ont passé la nuit là et ont entendu hier soir longuement la chouette lapone chanter. Ils ont rencontré des ornithos locaux. L’un d’eux qui a passé la nuit dans sa voiture se joint à nous (voir photo), discussions et échanges.
Soudain Pierre-Roger s’écrie « Là, là », effectivement dans la direction indiquée à une cinquantaine de m, perchée sur un piquet et examinant les alentours de sa tête montée sur roulements à billes : la chouette lapone. Elle plonge au sol, va capturer un mulot et remonte le dépecer sur les branches basse d’un sapin.
Elle reviendra se faire admirer sur son piquet et nous gratifiera de sa présence pendant près de 2 heures. (Seul regret un peu loin et un peu sombre pour mon Canon, tant pis elle était tellement belle à l’oeil.)
Des discussions avec les ornithos locaux, il ressort que cette chouette lapone, la plus méridionale « connue », n’est pas farouche, il paraît qu’il y a quelques années on l’a vue se poser sur une lunette, ( l’histoire ne dit pas s’il y avait un observateur à l’oculaire). Ce spot est sur le trajet des birdsafaris locaux qui un peu avant leurs sorties appâtent avec quelques mulots congelés (culture du résultat oblige). N’empêche, superchouette (sic) observation.
Ornitho suédois en tenue de camouflage à la recherche de la chouette lapone
Nuit sur place particulièrement tranquille.
Vendredi 16 avril 2010
Vers 6h, neige qui heureusement ne tiendra pas malgré une température négative. Balade dans la forêt à la recherche des becs croisés, on en devinera un furtivement. Beaucoup de chants mais difficile de voir les oiseaux. Pinsons, tarins, mésanges bleues charbonnières, à longue queue, 1 couple de pics épeiche.
Cap au sud. Arrêt au lac de Kvismaren (25) probablement un spot intéressant mais aujourd’hui beaucoup de vent et les oiseaux sont loin : oies cendrées, bernaches du canada, 150grues dans un champ, milouins, morillons, pilets, souchets, sarcelles d’hiver, chipeaux siffleurs, garrots, 1 couple de harles piettes, foulques, mouettes rieuses, goélands cendrés, cygnes tuberculés, 2 grands corbeaux, 2 mâles et 2 femelles busards des roseaux, 1 balbuzard qui se fait prendre son poisson par une corneille mantelée !, 1 bruant jaune, 1 bruant des roseaux, vanneaux, pas mal quand même.
Toujours cap au sud retour à Hornborga,Nuit sur le même parking (ça va devenir du campement illicite !)
Samedi 17 avril 2010
Visites aux mêmes points d’obs, rien de neuf sauf le couple de grèbes jougris à la recherche de matériaux pour son nid qui passe et repasse devant nous, dommage que la lumière ne soit pas géniale dans un temps gris et couvert.
Cap toujours au sud dans l’optique de repasser à Krankesjön.
Mais là, surprise, l’accès à l’observatoire est barré par un ruban rouge et blanc. Nous décidons de passer la nuit sur la place minuscule de la non moins minuscule église de Silväkra et là sans chercher plus avant nous aurons l’explication de l’interdiction de tout à l’heure : des rafales d’arme automatique, l’armée suédoise est en manoeuvre dans le coin.
Nuit paisible quand même (les armes se sont tues !) à peine troublée par 3 chevreuils qui viennent tranquillement brouter l’herbe et les fleurs du jardin du pasteur, lâchement nous n’interviendrons pas !
La signalisation routière suédoise ne manque pas d’humour
Dimanche 18 avril 2010
Retour à la tour et à l’observatoire, les rubans ont été enlevés. Au global beaucoup moins de choses, les oies rieuses sont parties, seule rencontre sortant de l’ordinaire un véhicule tout terrain de l’armée suédoise lancé à toute allure sur une route forestière.Krankesjön n’est plus ce qu’il était, tant pis on va aller voir ailleurs, direction Falsterbo.
Balade sur le golfe, seawatching sur la baie, là aussi la fréquentation a sérieusement baissé, il est temps de rentrer.Donc dernière nuit suédoise toujours aussi tranquille sur le même parking de l’écomusée.
Lundi 19 avril 2010
Pont de Copenhague et traversée du Danemark. Quelques réflexions
L’expédition a été particulièrement riche, les pays du Nord en période de nidification sont sûrement un
bon plan, encore faut-il être au bon endroit au bon moment.
Le lac Hornborga au moment du rassemblement des grues est manifestement un des hauts lieux
ornithologiques de l’Europe du nord.
Concernant les grues nous sommes assez frappés par plusieurs choses.
Le volatile a manifestement su tirer parti des activités humaines :
La réhabilitation du lac Hornborga,
La création du lac du Der motivée par la régulation du débit de la Seine,
La culture intensive du maïs dans les landes de Gascogne,
La réhabilitation des carrières de lignite d’Arjuzanx
Tout cela lui offre des haltes migratoires et des lieux d’hivernage de qualité.
La quantité des oiseaux recensés montre qu’une part non négligeable de la population
européenne transite par ces sites.
Assez curieusement les brochures de vulgarisation naturaliste sur les grues, oiseau européen s’il en est,
sont très nationalistes, à quelques exceptions près les brochures françaises ignorent Hornborga, et les
suédoises ignorent le Der et les sites gascons, on a encore du chemin à faire sur la voie du sentiment
européen !
L’aménagement des sites ci-dessus avait à l’origine une finalité liée à l’activité humaine et si on ne
peut bien sûr que se réjouir de voir une espèce profiter pleinement de notre mode de vie, attention
toutefois aux retournements de tendance qui peuvent être dramatiques pour l’espèce, exemple parmi
d’autres, les vautours en Aragon.
Par ailleurs les Suédois sont allés très loin dans l’exploitation du site à des fins touristiques : épandage
tous les soirs de plusieurs tonnes d’orge autour du centre nature, location de huttes d’affût au milieu
des grues.
Alors que de notre petite expérience il semble qu’en France on se limite pratiquement à des sorties
naturalistes, payantes ou gratuites organisées par des associations ornithos locales ou nationales, les
nordiques en général sont eux passés maîtres dans les organisations de type safaris locaux ou location
de hutte pour voir des loups, des ours, des chouettes…
Faut-il s’en réjouir, accès amélioré au monde sauvage, ou le déplorer, mélange bizness nature et
ségrégation par le fric, le débat est ouvert.
Seule certitude, l’envie de retourner dans le coin.
Le retour (avril 2011)
Les épisodes 1 à 9 avaient relaté notre périple en Suède en Avril 2010 avec un petit séjour de 15 h
dans un affût payant au lac Hornborga au milieu des grues qui dansent.
Je me souviens très bien m’être juré en sortant de cette cabane de ne plus voir les grues que sous forme
de magret ou de sot-l’y-laisse.
Evidemment, serment d’ivrogne, l’hiver suivant nous étions à Arjuzanx puis à St-Martin de Seignanx
puis le cap était remis sur la Suède et Hornborga dans une épopée du 25 mars au 15 avril 2011
Rassurez-vous cette fois ci je vais vous faire grâce du détail du périple.
Les seuls points notables sont d’abord la rencontre de beaucoup d’oies ou de bernaches en groupes et
en retour vers leurs sites de nidification.
Oies rieuses à l’atterrissage
Oies rieuses et bernache nonette
Bernaches nonettes
L’autre point remarquable a été un retard général dans l’arrivée du printemps avec...
... brume, brouillard, lacs gelés.
Même le lac Hornborga est encore presque totalement pris par les glaces
Les grues sont là...
...mais cette année nos photos seront en noir et blanc...
Ou presque...
Je ne suis pas retourné à la cabane et les prises de vue de vue de danse en seront limitées.
Petite excursion plus au nord vers Vasteras pour retrouver la chouette lapone, elle était bien là mais n’a
voulu se montrer que furtivement. Dommage on avait le matériel photo pour une fois...
Quelques jours plus tard le lac avait sérieusement commencé à dégeler permettant aux grèbes de
parader non loin des observatoires publics.
Ces quelques fleurs...
Vous noterez que la femelle est atteinte d’un leucisme partiel, elle a en particulier la collerette toute
blanche, ça ne l’empêche pas d’être courtisée !
Chez les cousins aussi c’est la parade : grèbes jougris.
Les anglais l’appellent "red necked grebe", c’est manifestement plus pertinent !
B- ESPAGNE :
Pas encore rassasiés au printemps 2012 on repartait pour l’Aragon Gallocanta et la Sotonera mais ça
sera pour le prochain numéro.
Aragon Gallocanta et la Sotonera (février 2012)
Après être allés voir et photographier les grues en Suède il nous manquait d’aller les voir dans leurs
quartiers d’hiver.
Dans les Landes d’abord. A St-Martin de Seignanx, une petite réserve créée par les chasseurs accueille
quelques milliers de grues. Le nombre n’est pas extraordinaire mais la superficie du site est très limitée
et il arrive que les 2 à 3 mille grues rentrent en même temps et là le spectacle est magique, le ciel est
rempli de grues qui rompent la formation et qui en tournoyant presque au-dessus de vos têtes se posent
en grougroutant.
Au matin elles partent par petits groupes.
Le rougeoiement du lever du soleil donne aux grues un petit air flamants roses
Je laisse le soin à André de relater l’épisode où nous nous sommes retrouvés par moins 6° à
Arjuzanx.(Landes) sur "OiseauxEthologie"
à l’adresse http://www.oiseauxethologie.fr/php/articles.php?lng=fr&pg=402 (34 photos
+ 26 documents)
Le 20 février 2012 pour changer un peu on met le cap à 180° de nos habitudes direction l’Aragon.
La laguna de Gallocanta est un lac de 7km de long sur 2,5km de large situé à 50 km au sud de
Sarragosse sur un plateau à 1000m d’altitude.
Les eaux qui l’alimentent passent sur des roches dont elles dissolvent les sels, la plus grosse partie de
l’eau disparait par évaporation, il y fait chaud en été, entrainant une salinité 5 fois plus importante que
celle de la Méditerranée.
Quand on y arrive le 20 février il ne fait pas très chaud, -12° le matin. L’eau est gelée dans les portières
du camping-car et la zone de couchage n’est pas loin de 0. Rassurez-vous le chauffage va vite
remonter la température et il fait bon dans la journée.
Avec de telles températures j’ai été pendant quelques temps persuadé que les bandes blanches autour
de la lagune étaient de la glace eh bien non c’est du sel !
Les grues décollent de la lagune et passent devant Gallocanta
La laguna de Gallocanta est une zone importante de stationnement des grues qui hivernent ou y font
une halte avant d’aller plus au sud en Estrémadure.
Le record absolu de concentration de grues y a été battu avec plus de 114 000 individus simultanément
en février 2011.
Le lac est en zone de quiétude et les grues ne peuvent pas y être approchées de près mais on peut les
rencontrer dans les champs alentours et les vols de rentrée sont intéressants.
D’autres hivernants fréquentent le lac mais pour la même raison leur observation n’est pas évidente.
Le lieu est quand même intéressant, on a pu y voir : des vautours venant à l’occasion rechercher une
charogne, un aigle royal , 2 gangas assez loin, pas mal de chevêches sur des tas de pierre...
Au printemps, c’est un site de nidification de gangas catas et d’outardes canepetières, mais le secret de
leur localisation précise est bien gardé et elles ne sont pas faciles à voir.
Fin février, c’est le début de la migration de retour.Il arrive si le temps est favorable que des vols
attaquent la traversée des Pyrénées depuis Gallocanta mais souvent les grues vont faire une dernière
escale à la Sotonera.
Nous aussi.
La Sotonera est un lac de barrage créé pour l’irrigation. Son intérêt ornithologique nous a échappé, en
revanche la formation des vols de grues qui partent à l’assaut des Pyrénées est impressionnante.
Des vols de quelques dizaines d’individus décollent du lac hors de vue, s’approchent sur fond
d’éoliennes et au-dessus de la tour d’observation tournoient pour prendre de l’altitude et tout ce beau
monde en s’organisant en ce qui va devenir un Vé s’élance vers les Pyrénées.
On pensait les quitter là en se dirigeant vers notre étape suivante les Mallos de Riglos.
Les Mallos de Riglos -il y a d’autres Mallos à coté- sont constitués d’une roche sédimentaire faite d’un
conglomérat de galets de graviers et de sable et sont un site mondialement connu pour l’escalade.
Des parois de 300 m de haut surplombent le village de Riglos et sont toute l’année assaillies de
grimpeurs.
Du point de vue ornithologique les Mallos de Riglos ce sont les vautours, à proximité une falaise leur
est réservée. Des règles strictes d’interdiction d’accès semblent permettre une cohabitation à peu près
réussie grimpeurs vautours. Ce sont aussi les traquets rieurs, un peu éloignés pour la photo et les
tichodromes, alors eux très éloignés pour la photo, gypaète et percnoptère et j’en passe.
Fin février début Mars, les amandiers en fleurs ajoutent un charme indéniable à ces rochers.
Dans une balade sur le camino del cielo, itinéraire de randonnée qui fait le tour des Mallos, lors de
l’arrêt casse-croûte sur la plateforme apparemment habituelle un accenteur alpin vient voir s’il n’y a pas
quelques miettes à grappiller.
Les Mallos de Riglos sont un spot remarquable, en guise d’illustration, récit d’un après-midi en balade
sur sur le GR au barranco de los Clérigos : sous les rochers les cris des vautours au nid, ceux-ci
attendent sur les cimes avec les chèvres puis commencent à tournoyer dans les airs, un percnoptère- le
premier de l’année- , un premier contact avec le traquet rieur, un peu plus loin 2 craves à bec rouge
paradent en vol, dans le défilé le cri des tichodromes, un couple est bientôt localisé, et puis et puis les
grous-grous que l’on ne croyait plus réentendre. Un vol de plusieurs centaines de grues vient buter sur
les premiers contreforts des Pyrénées, la formation se disloque et dans une pagaille apparente, on se
demande comment il n’y a pas de collision, tout ce joli monde gagne de l’altitude...
et la patrouille se reforme en Vé pour franchir la dernière étape pyrénéenne.
Ce petit jeu se reproduira plusieurs jours avec vers 11h, midi des groupes de grues parties du matin de
la Sotonera distante d’une trentaine de km (à vol de grues) et vers 3 4 heures des groupes de grues
parties le matin de Gallocanta à 160 km..
Certes il ne faut pas espérer tous les jours de l’année un tel spectacle à Riglos mais c’est
incontestablement un site où l’intérêt pour l’ornitno est bien à la hauteur de l’intérêt pour le grimpeur.
Les Mallos de Riglos à eux seuls mériteraient plusieurs articles.
Il ne reste plus pour faire le tour du cycle de la grue que les tourbières de Suède et les nids, mais là
c’est une autre histoire pour les trouver et surtout je ne pense pas que l’on ait envie de prendre le
risque de les déranger dans ce moment délicat.
Quelques infos :
A Gallocanta au sud du lac au bord de la route Bello- Tornos :
un "centro de Interpretacion" qui n’ouvre que les jeudi, vendredi, samedi et dimanche tenu par une
ornitho très compétente
A Gallocanta à la sortie route de Berrueco une maison ouverte tout récemment qui fait tout : musée
des oiseaux, office du tourisme, centre d’interprétation , tous les jours genre 10h 12h 16h 19h, bien
faite et tenue par une préposée très aimable mais pas très ornitho.
A la Sotonera, plus exactement à Montmesa dans une vieille maison du village un centro de
interpratacion un peu rustique mais à l’accueil chaleureux.
A Riglos un "centro de interpretacion" panoramique très moderne, on finit par y trouver l’info ornitho
en français ou en anglais.
De façon générale un excellent accueil partout mais beaucoup de difficultés avec les sites, les adresses
mail ou les téléphones.
F I N






































































