Grand tétras
(Tetrao urogallus)
A l’évocation de son nom, les ornithos qui ont un jour essayé de le voir, ont le regard qui s’allume. Pour la plupart, sa recherche a été liée à un effort, à une marche de nuit de quelques heures, souvent harassante, pour parvenir à une "place de chant" avant le lever du soleil.
Ceux qui, apparemment plus chanceux, ont pu le croiser plus facilement n’ont-ils pas été privés d’un souvenir fort ?
Paul Géroudet décrit à merveille sa "première fois" .
" ... c’était dans l’ombre indécise et glacée d’une fin avril. Entre les sombres colonnes des sapins et les guirlandes verdâtres des lichens qui pendent à leurs branches, la vieille neige ravinée luit faiblement dans la combe. C’est là qu’il s’avance à pas solennels, la queue en roue et tête levée, rémoulant un étrange
bredouillis grinçant dans sa barbiche. Puis il saute en l’air et ses battements lourds fracassent le silence de la forêt jurasienne. Il se raidit de nouveau dans sa promenade rituelle, récite sa formule et se pavane encore, tandis qu’à cropetons sous un abri de rameau, nous écarquillons les yeux, nous retenons notre souffle ...."
Le Grand Tétras est de l’ordre des Galliformes = ressemble à un coq, qui regroupe les familles des Tétraonidés (lagopède - tétras) et des Phasianidés (perdrix - francolin— caille - faisan - tétraogalle).
"Tétraonidé" vient du grec tétraz ou tétriz, de tétrazo = glousser comme une poule qui pond, du latin tétrao = coq de bruyère . A rapprocher du russe téterev , du persan titirah qui pourrait évoquer son chant, chaque strophe du Grand Tétras commençant par "tetelep, tetelep". "Urogallus", du grec ouraz, oura = la queue, allusion à la queue pendant la parade.
Gallus = coq en latin.
Il est aussi appelé Grand Coq de bruyère ce qui est uniquement justifié par une comparaison avec le "Petit Coq de bruyère" (le Tétras Lyre) qui lui, était autrefois répandu dans les forêts claires, les landes à bruyère des plaines et des collines.
En anglais, c’est "Capercaille" de caper = cabriole, entrechats, gambade qui évoque les sauts effectués pendant la période nuptiale.
L’allemand propose "Auerhahn", hahn signifiant coq. Quant à auer il correspond à l’idée d’un oiseau premier, primitif, authentique ... ainsi le boeuf sauvage d’Europe l’auroch s’appelle auer
En italien, c’est le "Gallocedrone" = coq des cèdres ; l’habitat évoqué correspond aux grands conifères.
Photos :
© Michelle Gerner - Nicolas Rasson



