Accueil > Ethologie > Pics noirs

Ethologie

Pics noirs

SUIVI D’UN COUPLE DE

PICS NOIRS

par André Boussard
(Article destiné aux jeunes ornitos, paru sur le site d’Ornithomedia)
(Photos d’André Boussard)

Le Pic noir (Dryocopus martius) est le plus grand pic européen, et il est facilement reconnaissable à son plumage noir, son bec pâle et la zone rouge plus ou moins étendue suivant le sexe sur la calotte.
En France, en 1936, ce pic était considéré comme un oiseau de montagne, ne nichant que dans les forêts de conifères ou mixtes des Vosges, du Jura, des Pyrénées, des Alpes et du Massif Central. Depuis, l’espèce a colonisé les plaines.
André Boussard a décidé de suivre entre avril et mai 2005 un couple dans une forêt de 2 000 hectares qui se trouve dans l’avant-pays pyrénéen (Forêt de Bouconne près de Toulouse) après des premiers repérages en janvier-février.

Toutes les photos ont été réalisées avec une longue-vue Leica Televid 77 Apo (oculaire zoom 20x-60x) + Nikon Coolpix 4500 + Loupe Roger Guichon + Déclencheur souple Hama 80 cms pro.

Abstract

Illustrated follow up of a pair of Balck Woodpeckers (Dryocopus martius) between April and May 2005 by André Boussard in a 2000 ha pine-forest near Toulouse (France).
In 1936, in France, this species was infeoded to the coniferous forests in mountain areas (Massif Central, Alpes, Pyrénées, Jura, Vosges), but since this period, it has slowly extended hits range towards the plains, reaching now the Channel, the Atlantic and the Mediterranean shores.

Le Pic noir

Présentation

Pic noir (Dryocopus martius) mâle

Identification :
Longueur : 46 cm : le plus grand pic européen.
Envergure : 67 à 73 cm.
Aisément reconnaissable par sa couleur entièrement noire, avec une calotte rouge vif s’étendant du front jusqu’à l’arrière de la nuque (chez le mâle). La femelle a une tache rouge sur la nuque uniquement.Bec et iris jaune pâle.Trajectoire en vol peu ou pas ondulée, avec des coups d’ailes irréguliers.
Longue queue avec rectrices centrales plus longues.Chant et tambourinages : Cris variés : "klieu !" (oiseau posé), ou "kru kru kru !" (oiseau en vol). Chant mélodieux composé d’une phrase ascendante d’une durée de 3 à 6 secondes qui va en accélérant : "kouic ouic ouic ouic !" émis surtout pendant la période nuptiale.
Tambourinage long (1,5 à 3,5 sec.), et puissant, à une cadence de 20 coups par seconde.
Habitat : Zones boisées de toute superficie et de tout type, pourvu qu’elles présentent de grands arbres espacés.
Répartition : Europe, Sibérie, Nord de l’Asie jusqu’au Japon (inclus).

Biologie (source : www.oiseaux.net)
Diurne et sédentaire. Emet des cris puissants et son tambourinage peut être audible à près d’un kilomètre. Une fois abandonnés, les anciens de pic sont occupés par des Chouettes de Tengmalm et autres oiseaux cavernicoles, mais aussi par des mammifères (rongeurs, mustélidés, martres et même par des abeilles et des guêpes).
Solitaire, sauf pendant la période de nidification. Commence à parader en janvier. Ils s’attirent mutuellement par des cris de contact doux, mais aussi en donnant une série très rapide de coups de bec sur le tronc sec.

La parade nuptiale est composée de balancements de la tête et de cercles décrits dans le ciel.
Le nid est creusé dans le tronc d’un arbre sain ou malade. Il s’agit en général d’une grande ouverture ovale, pratiquée à une hauteur variant entre 4 et 15 mètres. Le mâle est monogame. La ponte de 3 à 5 oeufs a lieu en avril. L’incubation dure de 12 à 14 jours. L’envol est précoce et peut se produire dès le vingt-septième jour.

Le Pic noir est végétarien et insectivore. Il se nourrit principalement de fourmis et d’insectes xylophages qu’il prélève en perforant les écorces. Dans certaines régions, son régime alimentaire se compose de près de 99% de fourmis. Ailleurs, les larves de coléoptères sont consommées en grand nombre, de même que les chenilles de papillons et les asticots.
Se nourrit surtout dans les arbres morts ou dépérissants ou sur les souches. En hiver, se nourrit dans les fourmilières ou dans les ruches sauvages. Peut aussi manger des fruits, des baies et même des oeufs d’autres oiseaux, voire des oisillons.

Evolution de sa répartition en France : Progression de la répartition du Pic noir en France :
 en rouge, nidification prouvée en France en 1973
 en jaune, nidification prouvée en France en 1979
 en violet, répartition en Europe en 1999
(Sources : Les oiseaux de montagne par J.F. Dejonghe, Delachaux et Niestlé)

En France, en 1936, ce pic était considéré comme un oiseau de montagne ne nichant que dans les forêts de conifères ou mixtes des Vosges, du Jura, des Pyrénées, des Alpes et du Massif Central.
Depuis lors, de nombreux individus sont descendus des versants de moyenne altitude pour coloniser les plaines. Ce phénomène enregistré en France est pratiquement unique en Europe .. Seul le Danemark a vu en 1961 des oiseaux venus d’Allemagne, de Pologne, et surtout de Suède s’installer sur les Iles de Bornholm et de Nordsjaelland. Ailleurs, les implantations sont assez anciennes : Belgique (1908), Rhénanie (1910), Pays-Bas (1913) et Luxembourg (1915). En Suisse, il consolide ses positions sur le plateau surtout après 1945.

A l’intérieur de la France, la colonisation des plaines s’effectue lentement, n’atteignant pas par exemple, la rapidité d’expansion de la Tourterelle Turque (Streptopelia decaocto) originaire du Proche-orient.
Plusieurs facteurs peuvent être invoqués pour expliquer cette progression lente : l’espèce n’a pas coutume de réaliser de grands déplacements et les surfaces à coloniser sont très vastes. L’apparition du Pic noir en plaine est probablement liée à sa capacité d’adaptation dans le choix des ses habitats et au dynamisme de l’espèce
qui repousse peu à peu la limite de son aire de répartition (cf. "Les Oiseaux
de Montagne" de J.-F. Dejonghe, aux éditions du Point Vétérinaire).

Ethologie : suivi d’un couple de ... | Suivi en photos : jusqu’au 6 avril

Suivi en photos : jusqu’au 6 avril 2005

Zone d’étude

Aperçu de la forêt où a été suivi le couple de Pics noirs (Dryocopus martius). Croix rouge sur la droite : situation de la loge étudiée

La loge a été creusée dans le tronc d’un Pin sylvestre (Pinus sylvestris) mort d’une forêt de 2000 hectares qui se trouve dans l’avant pays pyrénéen. Cette région argilo-sableuse de molasse a été recouverte d’immenses nappes de cailloutis venus de la montagne. Ces nappes ont été défoncées par les rivières quaternaires et ont été emportées à l’exception de lambeaux rémanents. C’est sur l’un deces lambeaux qu’a persisté cette forêt.
Elle est constituée essentiellement de pins sylvestres ou maritimes, de feuillus et de chênes.
Exploitée par l’homme en coupes tournantes, elle présente un milieu très ouvert avec ici ou là des arbres conservés comme le veut la réglementation.

Emplacement de la loge (croix rouge)

De nombreuses souches jonchent le sol fournissant aux Pics noirs des larves et des coléoptères xylophages, sans compter les fourmilières très appréciées.
Altitude : environ 200 mètres. Environs de la forêt constituée de polycultures avec une dominante alternée de maïs, de pois, de tournesol, et de blé.
La loge se situe à environ 10 mètres du sol. Le tronc à cet endroit fait environ 60 cm de diamètre. L’entrée de forme ovale, plus haute que large d’environ 8 x 13 cm présente à sa partie inférieure une pente légère rugueuse inclinée vers l’extérieur ; Est-ce le résultat de la technique de la confection du trou ? En tout cas, cette caractéristique permet aux oiseaux de se poser et de redécoller plus facilement.

Calendrier du suivi

La confection de la loge a commencé dans la semaine du 7 au 12 mars 2005 (semaine 10). Trois semaines sont généralement nécessaires pour le forage à l’horizontale de l’entrée (30 cm de long), puis du puit vertical (30 à 50 cm. La construction s’est terminée vers la semaine 14 (du 4 au 9 avril)

Formation du couple

Les Pics noirs sont des solitaires ; aussi 10 à 12 semaines au moins ont été nécessaires pour qu’ils se rapprochent, en apprenant à maîtriser leur agressivité, et soient prêts pour la reproduction.
La première rencontre a eu lieu au plus tard en janvier 2005 (si le couple ne s’est pas constitué à la fin de l’été 2004). S’attirant par des chants et des tambourinages, ils adoptent des postures mettant en avant la tâche rouge de la tête. Chacun de son côté peut préparer une loge-dortoir (nouvelle ou récupérée).
La présentation réciproque des loges resserrent les liens et conduisent au choix définitif de l’une des deux.
L’accouplement, très rapide, a lieu une fois la loge terminée.C’est pratiquement le seul moment où ces oiseaux se placent sur des branches horizontales.

Le 1er avril 2005

Pic noir (Dryocopus martius) femelle, 1er avril 2005

Le premier avril, nous sommes arrivés sur les lieux à 9 H 45. La loge est orientée au Sud-est ; nous nous sommes placés à une centaine de mètres plein sud pour bénéficier d’un éclairage latéral donnant du relief aux photos.
Cachés par un gros tronc et de la végétation, nous n’étions pas visibles, mais pour la prochaine visite nous utiliserons notre tente-affût, non pour nous approcher mais pour être sûrs de ne pas déranger les oiseaux lors de leurs déplacements.
Quand nous sommes arrivés, un oiseau passe la tête hors de la loge. Il garde le bec ouvert pendant plus d’une minute, puis l’ouvre à nouveau à peine refermé. Nous sommes soulagés, il s’agit d’un mâle et comme le 25 mars nous y avions déjà vu la femelle au travail, cette loge sera donc la bonne.

Pic noir (Dryocopus martius) mâle, le 1er avril 2005 : donne plusieurs centaines de coups de bec et prend ensuite le frais quelques minutes, bec ouvert

Le mâle disparaît dans la loge et distinctement nous entendons le bruit d’un forage : des bruits non tambourinés en salve mais des chocs successifs lents et réguliers. Cela veut dire que l’accès horizontal est terminé et, que les pattes agrippées de chaque côté du trou, l’oiseau creuse verticalement, la tête en bas.
Après 5 à 8 minutes, il revient à la fenêtre le bec reste ouvert ... Deux minutes après, il repart au travail : même bruit, puis réapparition 6 minutes après. Le bec reste ouvert : reprend-il de l’air et refroidit-il "l’outil" ? Ce manège s’est effectué cinq fois sans que nous n’ayons assisté à la moindre évacuation de copeaux.
Ces derniers seront éjectés en une quinzaine de fois, comme nous l’avions constaté le 25 mars avec la femelle ; une partie servira, une fois le forage vertical terminé, de lit de copeaux fins sur lequel seront déposés les oeufs.
A noter que le bois tendre d’un conifère est plus facile à forer par l’absence de fibres, particularité des bois durs (chênes, frênes ..) De plus, dans cet arbre mort, la texture granuleuse des copeaux montre l’attaque d’un mycélium lignivore (champignon) qui rend le bois plus friable encore.

Copeaux rejetés, le 1er avril 2005

Les copeaux rejetés tout autour du pied de l’arbre sont déchiquetés, et leur taille et leur forme sont diverses ; le plus grand trouvé faisait 7 cm de long.
Le bec du Pic noir (longueur 56 à 66 mm) n’est pas très coupant et seule
la force d’impact permet l’efficacité ; l’ensemble "tête + bec" ne pèse pourtant que 45 grammes.
La conception sophistiquée du crâne des pics, avec ses articulations, ses tampons, ses amortisseurs et ses butées protégeant la boîte crânienne, ainsi que les muscles puissants de la nuque sont le résultat d’une évolution très poussée.
Pour compenser la croissance naturelle du bec qui est d’un demi millimètre par jour l’oiseau doit forer ;c’est aussi. un besoin génétique et il a été constaté que lorsqu’un couple s’installe dans une loge déjà prête qui ne demandera que peu de travail, les deux pics font dans les arbres alentours de nombreux trous.

Le 6 avril 2005

Il est 14h30, le vent est faible, le temps couvert avec des rayons de
soleil. Je m’arrête à 200 mètres au sud-est face à la loge, caché par la végétation. Rien. Cinq minutes passent, quand tout à coup apparaît la silhouette d’un Pic noir qui vient de l’ouest. J’accompagne son vol à la jumelle sur une vingtaine de mètres en direction de la loge. Il se plaque sur le tronc d’un pin tout proche de celui qui porte la loge, trois secondes passent ... et comme je l’ai déjà vu faire, il vient se plaquer sur le tronc à l’opposé du trou, presque à sa hauteur. Quelques mouvement latéraux des griffes et le voici accroché en bas de la loge, la tête à la hauteur du trou. La superbe crête rouge indique qu’il s’agit du mâle.

Je note un comportement surprenant : le corps immobile, le mâle fixe le trou de la loge, le bec dressé, et la tête se déplace de droite à gauche, puis de gauche à droite (trois fois) ... Il inspecte le trou, et seule la tête bouge ! Puis, sept fois, la tête fixe, face au trou, il va reculer le corps en prenant appui sur les pattes toujours accrochées au bord du trou, se rapprochant d’un mouvement rapide pour s’éloigner à nouveau ... et par un huitième mouvement, d’un bond, il rentre dans la loge. J’ai ensuite entendu nettement des coups répétés, lents, irréguliers : il s’est remis à forer. Le chantier n’est donc pas terminé. Selon nos prévisions, le couple en a encore jusqu’au 9 avril.

La suite prévisible des évènements

Selon le numéro 83 du journal La Hulotte, la loge terminée aura nécessité cent mille coups de pioche !
Vers la mi-avril commencera la ponte : un oeuf par jour, avec un total de quatre oeufs le plus souvent, quelquefois trois ou cinq, rarement six. D’ici là, le mâle assurera la garde de la loge pour éviter qu’elle ne soit investie par un "squatteur" (Choucas des tours, Sittelle torchepot, Pigeon colombin, Chouettes de Tengmalm ou Hulotte) dont le Pic Noir ne saura pas se débarrasser.
La femelle, mais surtout le mâle, vont couver pendant une douzaine de jours. La naissance des oisillons est programmée donc entre le 25 et le 30 avril. Vers les 15 - 18 mai, les petits devraient être capables de grimper et de se montrer à la "fenêtre". Fin mai, les apports de nourriture au nid cesseront et les petits le quitteront, encore suivis à l’extérieur par les adultes pendant un à deux mois.

Ethologie : suivi d’un couple de Pics noirs | Suivi en photos : mai 2005

Suivi en photos : mai 2005

Ce qui s’est passé depuis le 6 avril
J’ai subi une opération de l’épaule gauche puis ai effectué un début de rééducation, ce qui explique l’interruption du suivi. Quant aux Pics, si j’en crois le journal La Hulotte, ils devraient déjà avoir terminé ensemble la loge, laissant au fond quelques fins copeaux pour recevoir les oeufs. Puis, ayant surmonté leurs "difficultés de communication", ils se seront accouplés à l’horizontal. Ensuite, l’un ou l’autre a occupé la loge pour empêcher un squatteur de s’installer.
Quinze jours plus tard environ, vers la mi-avril, les quatre oeufs ont été pondus (un par jour). Douze jours de couvaison - ce qui est peu - ont donc été nécessaires, le mâle en assurant environ 18 heures, dont le service de nuit. Durant la journée, on a pu observer des relèves, l’oiseau arrivant prévenant l’autre qu’il devait quitter les lieux par un simple cri, un "kiak !". Il n’était plus temps de tambouriner et ni de pousser les cris sonores du début de la saison : l’un et l’autre étaient devenus silencieux.

Le 16 mai 2005

Pic noir (Dryocopus martius) mâle, regardant à gauche et à droite

C’est cette semaine que nous estimons que les petits apparaîtront à "la lucarne". Les plumes de leur queue devenues suffisamment rigides leur permettront d’escalader les murs de la loge tout en s’aidant de leurs griffes. Notre observation du 16 mai s’est, pour l’instant, limitée à prouver que les petits étaient bien dans la loge et que les deux parents s’affairaient à les nourrir.
Quand nous sommes arrivés, tout était silencieux. Nous avons pu installer notre tente-affût-parapluie sous un couvert de feuilles. Très vite, nous avons entendu un chant plaintif qui se rapprochait, un bruit léger d’ailes, puis quelques strophes "krruk - krruk - krruk". L’oiseau s’est plaqué successivement sur trois arbres en s’approchant de celui portant la loge, s’est collé à l’opposé du trou, et après des mouvements latéraux, a rejoint la cavité en se posant sur son rebord.

Pic noir (Dryocopus martius) mâle criant juste avant de s’envoler

Il s’agissait du mâle ; l’oiseau a regardé à gauche, à droite, vers le haut, s’est penché dans le trou .. il tenait dans son bec de la nourriture. Ce nourrissage a recommencé quatre fois ; le pic s’est ensuite redressé, a lancé bruyamment deux strophes, puis, en s’appuyant sur ses pattes contre le tronc, a pris son envol.
Entre temps, derrière nous, nous avons entendu le "krruk - krruk -krruk ! " de la femelle qui s’approchait ; Elle est allée se plaquer contre un arbre, puis deux autres successivement en émettant son cri d’alarme. Elle ne se décidait pas à rejoindre la loge. Nous avons compris qu’elle avait dû nous repérer en passant derrière nous.
Pour ne pas la gêner, nous sommes aussitôt partis. Nous reviendrons le 20 mai avec un affût cubique fermé de tous côtés.

Le 20 mai 2005

Pic noir (Dryocopus martius) mâle juvénile, le 20 mai 2005

En rejoignant la cavité, nous avons fait une halte à 200 mètres environ pour vérifier à la jumelle la présence des adultes. Tout était calme. Notre attention a été attirée par un, puis deux petits becs clairs qui pointaient furtivement hors de la loge.
Comme nous l’avions prévu, c’était bien cette semaine que les petits allaient montrer leurs frimousses. L’installation de notre affût terminée à 9H40 nous avons pu à loisir nous consacrer à l’observation des oisillons en attendant le retour des adultes.
Chaque petit restait peu de temps à la lucarne, se contentant souvent de reposer son bec sur le rebord et de fermer les yeux pendant une à deux minutes. On a vu l’un des oisillons se réveiller en sursaut, certainement poussé par un autre. Pendant 25 minutes, le mâle a pointé dix fois son bec, et les femelles huit fois.

Pics noirs (Dryocopus martius) femelles juvéniles, le 20 mai 2005

Nous ne savions en fait pas combien il y avait d’oiseaux dans la loge, et il a fallu que deux femelles se présentent en même temps pour que nous soyons sûrs qu’il y avait au total deux femelles et un mâle. Cela n’a pas été démenti jusqu’à notre départ cinq heures après.
A noter que l’iris des adultes est blanc, et celui des juvéniles nettement gris clair.
A 10h10, nous avons entendu un "krruk krruk krruk !" : un adulte s’est approché. Comme d’habitude, il s’est posé sur les troncs de trois arbres voisins avant de venir se plaquer sur celui qui porte la loge, à l’opposé de celle-ci. Un déplacement latéral lui a permis de se placer à l’entrée du trou ; il s’agit du mâle.
Les petits becs ont disparu : les petits ont sûrement le réflexe de se faire nourrir dans le nid. Et, par trois fois, le mâle va plonger dans le trou, en prenant appui sur le rebord. Il est resté dans cette position de 20 à 30 secondes à chaque fois pour distribuer la nourriture, puis s’est envolé en prenant appui sur le tronc. Il a lancé quelques strophes, ce qui a fait sortir rapidement un, puis deux petits becs, la poitrine plus en avant.

Pic noir (Dryocopus martius) mâle nourrissant les petits, le 20 mai 2005

Une demi-heure plus tard, nouvelle annonce : "Krruk Krruk Krruk ! " Deux petits becs apparaissent ; le petit mâle, le plus dégourdi, fait des mouvements de ciseaux avec le bec dressé vers le ciel, il a faim. La femelle adulte, après quatre haltes intermédiaires bruyantes, se plaque contre le tronc et commence le nourrissage.
Cette fois les petits becs sont tenus plus hauts, plus proches de la lucarne. C’est une bouillie d’insectes calée au fond de la gorge de la femelle qui va être distribuée. Il a été noté qu’au moins 20 à 30 grammes étaient distribués à chaque voyage, ce qui représente environ 1500 insectes. Lors d’une journée ordinaire, chaque petit reçoit 1800 fourmis, 500 larves de petits coléoptères des écorces plus une quarantaine d’insectes divers.
Les cadences d’approvisionnement sont très variables, et nous avons dû attendre quatre heures pour voir revenir les adultes ; une distribution toutes les deux heures est une moyenne, avec un maximum constaté de sept heures entre deux nourrissage
Pic noir (Dryocopus martius) femelle apportant des insectes, le 20 mai 2005

Pic noir (Dryocopus martius) femelle nourrissant les petits

Pendant les quatre heures d’attente, nous avons pu constater que les petits ont réclamé de la nourriture sans arrêt, de plus en plus aguerris. Leur agitation va aller croissante et d’ici une semaine, les adultes vont espacer les ravitaillements. Commencera alors la période d’incitation à quitter la loge.

La fin

Nous avons interrompu nos observations par la suite ; Il convient de noter l’importance d’un affût pour effectuer des observations sérieuses en respectant les oiseaux et en ne les dérangeant pas.

Quelques conseils pour photographier un couple de Pics noirs (A l’attention des nouveaux photographes)

Eléments utiles sur la biologie de l’espèce

A l’occasion de la période de nidification, lorsque l’on a vu le mâle et la femelle s’intéresser à la même loge, et qu’ils ont abandonné les autres, on peut être certain de pouvoir les suivre d’avril -mai à juin -juillet en un point précis.
Sinon, les voir, c’est d’abord les entendre. Les deux mois qui suivent le départ des jeunes, pendant lesquels le mâle les guide, constituent une période très calme et on a peu de chance de les repérer à ce moment là, d’autant plus qu’ils s’éloignent généralement du lieu de nidification.
Il peut arriver en septembre -octobre (période de la possible formation de couples) que l’on entende des tambourinages forts, avec une cadence très rapide ("d’une mitrailleuse"), d’une durée de deux à trois secondes, mais la meilleure période est celle de la préparation nuptiale qui s’étale de janvier à mars et pendant laquelle le mâle et la femelle sont bruyants.
La femelle est l’élément le plus sédentaire du couple mais les territoires peuvent aller de 8 à 30 km2 selon les possibilités de nourriture.
Les couples reviennent le plus souvent dans les zones déjà utilisées, donc trouver une loge est un bon départ. Le reste est question de chance et de patience.

En attendant, il est conseillé :
1) de prendre contact avec la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux, www.lpo.fr)dans la zone à contacter pour accéder sur internet à l"Atlas des Oiseaux Nicheurs". Repérer les "carrés" (=secteurs où l’espèce niche)
2) d’aller sur le terrain pour repérer les loges de façon systématique. La carte IGN Top 25 (1 cm = 250 mètres) est très utile. Essayez de repérer sur de gros fûts de pins ou de hêtres les trous de loge de forme ovale, de 8 à 12 cms de diamètre, souvent orientés Sud/Sud-est, à 5/10 mètres de hauteur. Si l’entrée est nette et qu’il y a à la base de l’arbre des copeaux propres, c’est l’indice d’une loge utilisée récemment.
3) Si vous avez la chance de trouver une loge, repérez les points cardinaux pour savoir comment elle sera éclairée dans la journée. Déterminez, selon vos heures possibles de venue, les endroits où vous pourrez placer votre appareil-photo numérique et votre trépied sous affût (Indispensable avec cet oiseau), à un minimum de 10 mètres du pied de l’arbre pour un recul suffisant, à l’abri de bosquets de préférence. Il ne faut pas avoir le soleil dans le dos mais de coté, pour donner du relief à vos photos.

En digiscopie

Pics noirs (Dryocopus martius) juvéniles : un mâle et deux femelles
Privilégiez le maximum de lumière (grossissement 20x de la lunette, mode A f:4-4,5) qui vous donnera le minimum de 1/250 et 200 ISO souhaités. Utilisez un déclencheur souple pour la netteté et le "mode continu" pour obtenir des photos "surprises" parfois intéressantes (temps de réaction souvent lent avec certains appareils)

Avec reflex

L’adoption d’un 300 m/m est le minimum (équivaut à un 465 m/m en 24/36 ). Personnellement, j’utilise avec d’excellents résultats (trépied indispensable) un D70S Nikon + Objectif Nikon 300 m/m f:4 + (pour des photos à environ 20 mètres) et un doubleur (X2) Teleplus MC 7 Kenko qui me conserve l’autofocus. Le résultat équivaut à un 930 m/m en 24x36.
Par beau temps (soleil), je peux avoir de 1/1000 à 1/1200 ème utiles dans les prises de vue "continues" en mouvement, en adoptant le mode A - f:4 à 5 avec un 500 ISO.