Pics épeiches
QUATRE HEURES DEVANT UNE LOGE DE PICS EPEICHES
Le Pic épeiche (Dendrocopos major) est le pic européen le plus commun, aussi bien dans les forêts et les bois de plaine qu’en montagne.
Au cours d’une matinée d’avril 2006, André Boussard (andre@oiseauxethologie.fr) a suivi un couple au cours d’un affût de quatre heures, lui permettant de noter l’arrêt intéressé de deux autres espèces cavernicoles à la recherche d’une cavité : l’Etourneau sansonnet (Sturnus unicolore) et la Mésange bleue (Parus caeruleus).
Matériel : affût JAMA à 8 mètres de l’arbre (un Robinier) + trépied Manfrotto et siège à dossier + Nikon D70S + déclencheur souple Nikon (pour toutes les photos) + objectif Nikon 300 mm. Réglages : 1:4 à F:8 - 1 sur 400 - continu - Mode A - 200 Iso.
Ce reportage vous est présenté en partenariat avec OiseauxEthologie.(Parution sur Ornitomedia.com)
Abstract
In April 2006, hidden behind a camouflage net, André Boussard has decided to follow during four hours a busy pair of Greater Spotted Woodpeckers (Dendrocopos major) taking care of their cavity in a trunc.
But two others forestry species, i.e. a Common Starling (Sturnus vulgaris) and a Blue Tit (Parus caeruleus), were also interested by this possible future home ...
This article is proposed with OiseauxEthologie.
Quelques instants dans la vie d’un couple de Pics épeiches ...
L’intrusion d’un Etourneau sansonnet
Trente secondes de présence des Pics épeiche à leur loge, pour quatre heures d’affût ! ! J’avais trouvé qu’ils n’étaient pas bien vaillants et pour ne pas les avoir vus pénétrer dans la loge, je ne connaissais pas l’état d’avancement de celle-ci. Depuis, j’y vois plus clair :
1- il n’y avait pas de copeaux frais au pied de l’arbre
2- à 9H50, un oiseau noir à bec jaune, vu furtivement, s’était engouffré dans la loge. Mais le Merle noir (Turdus merula) n’est pas cavernicole... Il s’agissait en fait d’un Etourneau Sansonnet (Sturnus vulgaris).
La loge n’était pas de cette année, elle avait été seulement (ou pas) "rafraîchie", et la ponte devant intervenir dans une dizaine de jours, j’ai compris la raison du peu d’empressement des Pics épeiches : leur loge était déjà prête. Mais, les choses vont se compliquer ...
Reprenons donc la chronologie des quatre heures.
L’Etourneau pénètre dans la loge. L’inclinaison de son dos, sous les rayons du soleil, met en évidence les couleurs irisées de son plumage
Le retour des Pics épeiches
Comme à l’accoutumée, j’ai eu droit à l’accueil bruyant des Geais des chênes (Garrulus glandarius) quand j’ai pénétré dans la forêt, puis, au fur et à mesure que j’avançais, les Mésanges charbonnières (Parus major), les Mésanges bleues, la Sittelle torchepot (Sitta europae) ont pris le relais d’alerte.
A 9H30, le couple de Pics épeiche est venu voleter autour de l’arbre-loge en se poursuivant ; seule la femelle s’est posée quelques secondes. Puis pendant une vingtaine de minutes, je les ai entendus taper sur des troncs alentour à la recherche de nourriture.
A 9H 50, l’Etourneau sansonnet s’introduit dans la loge. Il y est venu presque directement, très vite ... ce n’était certainement pas sa première visite.
A peine est-il dans la loge que le Pic épeiche femelle arrive à toute vitesse, s’accroche à l’entrée et plonge le corps dans le trou, recule, fait très rapidement le tour de l’arbre, puis revient au trou ...
Pic épeiche (Dendrocopos major) femelle
L’Etourneau sansonnet vient de se poser à l’entrée de la loge, puis y pénètre très vite ...
. La femelle de Pic épeiche femelle s’accroche à l’entrée et plonge le corps dans le trou ...
Très excitée, en restant accrochée au trou, la femlle de Pic épeiche avance, recule, regarde à droite, à gauche, se contorsionne bizarrement , refait un tour de l’arbre puis s’envole ..
...
Il y a maintenant dix minutes que le Pic Epeiche femelle s’est envolée au loin ; brusquement, l’Etourneau apparaît à la lucarne le bec plein de copeaux de bois. Par trois fois, il revient évacuer sa becquée, les copeaux sont petits et il y a surtout de la poussière de bois dispersée.
Il s’agit d’un Etourneau mâle, la base du bec jaune étant légèrement bleue
Après avoir évacué pour la dernière fois des copeaux, il s’est placé sur le rebord de la loge et s’est envolé : je ne l’ai plus revu de la matinée
La Mésange bleue intervient ...
... Il y a maintenant trois heures que je suis sous l’affût, et autour de moi, la forêt est pleine de vie. A trois mètres, un agile Grimpereau des bois (Certhia familiaris) vrille les arbres de bas en haut. Dommage ! mon appareil est braqué sur la loge et je ne peux l’enlever.
Au dessus de moi, le Busard Saint Martin (Circus cyaenus) mâle "fait son cirque" : il monte verticalement à plus de cent mètres d’altitude, puis à l’extrémité de la montée il se retourne le ventre en l’air, redescend en vrille les ailes repliées ou en feuille morte, les ailes déarticulées .... ses hormones nuptiales doivent l’inspirer ! La friche où il a niché au sol est toute proche, mais je n’y suis jamais allé.
Tout à coup, un petit oiseau se présente devant le trou de la loge que l’étourneau a quitté il y a moins d’une heure. Minuscule, l’oiseau est face à l’accès de ce "grand palais" : il s’agit d’une Mésange bleue que l’on imagine impressionnée par le volume à remplir de mousse ! Mais l’expérience prouve que ce petit oiseau est capable de s’attaquer à des tâches encore plus difficiles. Mais pas cette fois, elle reste à l’entrée, se déplace, ne pénétre pas dans la loge, puis, en prenant appui sur le rebord, elle s’envole. Peut-être reviendra-t-elle ?
Mésange bleue à l’entrée du "palais"
Mésange bleue prête à l’envol



