Les Busards Saint-Martin, nos voisins......
Un suivi de 35 ans en voisins....
Ma femme et moi vivions avec autour, des bois de chênes, des champs et pour voisins, à environ 400 mètres de la maison, un couple de Busards Saint-Martin qui nichait.
L’année où nous nous sommes installés dans une vieille ferme retapée, non loin de l’Ariège, ils étaient déjà là, il y a une trentaine d’années et ils ont été fidèles au lieu, sans manquer une seule saison. Je peux expliquer leur fidélité par le fait qu’ils n’ont jamais été dérangés.
J’ai, en effet, une idée de l’endroit où se trouve le nid en suivant la trajectoire des adultes porteurs d’une proie, mais je n’y suis jamais allé, me contentant de l’orée du bois avant une clairière de déboisement qui précédait la friche où ils ont dû poser au sol leur litière, de tiges, d’herbes mêlées, de branchettes qui repose à terre ou sur une motte pour l’isoler de l’eau.
C’est de là que nous faisons observations et photos. Cela n’empêche pas le mâle de faire des vols agressifs d’intimidation - il vient droit sur nous et remonte au dernier moment - même quand nous sommes dans notre jardin loin du nid supposé. Il a un sens territorial qui est connu et évoqué ici et là (cf Paul Géroudet).
Attaque d’intimidation
Dans le sud-ouest, ces oiseaux ne sont pas sédentaires et migrent ; ainsi un peu avant la mi- août ils quittent la région pour revenir vers mi avril. Très vite on sait qu’ils sont arrivés : les vols nuptiaux commencent. Le plus actif est le mâle. Le plus souvent en fin de matinée (l’air étant réchauffé, les pompes offrent plus de portance, il décrit de grands cercles ailes à plat.)
Busard Saint-Martin mâle, vol en appui
Mais brusquement il peut se lancer à la verticale, tomber en vrille en agitant les ailes à demi ployées et comme le raconte Paul Géroudet "une courbe le relance en chandelle tournoyante et, au terme de son élan, il tourne en arrière, le ventre en l’air, pour piquer de nouveau"
En piqué....
En remontée transversale.....
Je l’ai vu répéter une dizaine de fois ce ballet festonné, en poussant des kèèk-kèèk ......rapides avant de reprendre ses spirales sonores. Ces évolutions spectaculaires peuvent être précédées d’un vol battu très ample et se compliquer d’attaques simulées contre la femelle qui participe plus mollement aux acrobaties.
Le cantonnement va intervenir vers mi-avril, la femelle construisant le nid pour l’essentiel. La couveuse va être bien cachée, brune au fond d’un trou d’ombre..
Busard Saint-Martin femelle
La ponte, en général de 4 à 5 oeufs, a lieu fin avril début mai. Durant l’incubation, jusqu’à fin mai, le mâle va rester perché alentours et environ trois fois par jour nourrir la femelle soit en posant au sol soit en vol par passation en serres.
Après éclosion : La femelle surveille et nourrit - couve les jeunes pendant 15 jours - Apparition des plumes des jeunes vers le 15 juin ; ils commencent à se tenir debout et à battre des ailes.
Très sensibles au soleil, ils se mettent à l’abri de ses rayons dans la végétation, élargissant et aplatissant la zone plateforme du nid qui reste très propre.
Dans leur quatrième semaine, ils sont capables de dépecer les proies que les adultes leur apportent alors sans préparation.
Premiers vols des jeunes : vers 25/30 juin autour de l’aire
Durant deux à trois semaines le(s) jeune(s) va (vont) s’exercer alentours. Ils apprennent à saisir la nourriture en vol.
Le juvénile, la première année, a la robe de la femelle sauf que :
1 - Dessous plus roussâtre, moins rayé, surtout au ventre
2 - Zone aux couvertures sus alaires plus roussâtre et plus étendue
3 - Grandes couvertures sus-alaires à bout pâle
4 - Iris de œil brun et non jaune
5 - Cire verdâtre et non jaune
S’il est un mâle, puisque nous sommes en 2011, la mue complète va se faire de mars à décembre 2012.
Ce second plumage sera celui du mâle adulte mais le gris sera teinté de brun avec quelques plumes brunes sur la tête et aux sus-caudales, quelques stries brun roux au bas de la poitrine et aux sous-caudales.
Le troisième plumage de 2013 sera identique à celui du mâle.
Mensurations : aile - mâle 330 à 355 mm
(Adultes) - femelle 360 à 400 mm
queue - les deux 200 à 220 mm
bec " 15 à 17 mm
longueur " 43 à 50 cm
envergure " 103 à 108 cm
poids mâle 290 à 388 gr
femelle 392 à 548 gr
Départ en migration : vers les 10/15 août.La zone d’hivernage s’étend sur la moitié méridionale de l’Europe. L’espèce est rare en Afrique du nord-ouest , plus fréquente dans l’est jusqu’en Ethiopie et en Inde.
Un oeil jaune te regaaarde !.....
Donc, Claude Jarlan a photographié un busard juvénile le 1er juillet....
Pendant les jours qui ont suivi, nous avons constaté que continuait l’approvisionnement en direction du nid par les mouvements des deux adultes.
Cela ne signifiait pas qu’il y avait d’autres jeunes, car il est connu que pendant quinze jours après son envol, le jeune, même s’il s’exerce alentours, revient au nid pour recevoir des proies et dormir.
Nous étions dans l’incertitude sur le nombre de jeunes au nid.
Tout se précisa le 16 juillet.
En effet, alors qu’en milieu de matinée, j’étais à notre affût, j’eus l’heureuse surprise de voir voler vers moi de façon hésitante, cahotique, un jeune busard qui se laissa tomber à une dizaine de mètres de moi dans les hautes herbes, les ronces et au milieu de petits arbustes de la clairière.
(M’avait-il vu ?) Personne n’aurait pu imaginer qu’il était là, enfoui dans la végétation. Trois longues heures ont suivi........Une vingtaine de fois, il tenta de repartir mais ses grandes ailes se prenaient dans les branches, l’herbe freinait ses mouvements..Il devait se fatiguer, entre les tentatives il se passait jusqu’à dix, quinze minutes....Malgré tout, il se déplaçait et j’ai eu plusieurs fois l’opportunité d’une mauvaise photo.
A 13h15, je suis parti déjeuner.Il me tardait de revenir.
Au retour, j’ai d’abord constaté que ses mouvements, son agitation avaient couché l’herbe, rabattu des branchages, autour de lui il y avait maintenant beaucoup de vide, il était plus dégagé.
Alors que je m’apprêtais à faire quelques photos, certainement inquiété par mon arrivée à laquelle il avait assisté, brusquement il s’éleva d’abord d’un vol vertical, puissant, superbe, aux battements d’ailes rapides, puis, par un glissé-plané, il se dirigea vers l’orée de la forêt proche.
Pris par la beauté du spectacle - imaginez, à une dizaine de mètres ! - je n’ai pensé à le photographier que quand il a rejoint l’arbre le plus proche.
Se percher sur une branche....il apparut que ce juvénile ne savait pas naturellement le faire.Aussi va-t-il pendant deux bonnes heures s’y essayer,agrippant de ses serres les rugosités du tronc mais déstabilisé, ses grandes ailes maintenant un équilibre précaire.
Quand il réussira à se poser, les ailes repliées le long du corps, ce sera pour peu de temps, la position peu assurée, au moindre mouvement fera recommencer le pénible apprentissage.
La découverte de ce jeune était le premier évènement d’importance, il y en avait un autre, à près de 300 mètres de moi : la femelle et deux autres jeunes cerclaient au dessus de la forêt, utilisant la portance des chaleurs de cette fin d’après-midi.Par quatre fois, les jeunes se sont poursuivis, heurtés même (un jeu ?) et
déséquilibrés ; déjà avec savoir-faire ils se sont récupérés et ont repris leur vol
Prises de vue à 300 mètres - Femelle et deux juvéniles
Pendant ce temps, le juvénile de la forêt apprivoisait son destin et si bien qu’il prit son envol depuis l’arbre face à moi. Je le vis monter, monter et aller dans la direction des trois autres.
Il y aura donc eu trois jeunes à l’envol, à partir de cette nichée, en 2011.Je suis fatigué, après cette journée riche en activité mais heureux à la pensée des observations des jours à venir......
Il n’aurait pas fallu parier :
Le lendemain 17 juillet, je ne les ai plus revus.Ils étaient partis, certainement de bonne heure.
On sait que nos oiseaux du sud ne font pas, pour la plupart, une véritable migration, certains sont même sédentaires, cela n’a jamais été le cas de ceux nichant près de chez moi, ils sont toujours partis, peut-être pas très loin.
A noter qu’un départ le 17 juillet est tôt, la plupart font mouvement en août, il en est même qui partent plus tard en octobre/novembre. Je dois préciser qu’en trente quatre ans, la position supposée du nid sur cette friche de 500x150 mètres a changé trois fois et le dernier endroit est le même depuis sept ans.
Est-ce vouloir dire que le changement des individus du couple s’est fait à ce moment là ? Peut-être, mais nous n’en avons aucune preuve. Nous savons seulement que la longévité maximum de cette espèce est de seize ans.
Bibliographie :
– "Les rapaces diurnes et nocturnes d’Europe" de Paul Géroudet.Ed.
Delachaux & Niestlé.
Photos :Claude Jarlan - Jean-Marie Poncelet - Michel Ipas -
André Boussard -
Prises de vue photo :
Boitier Nikon D700 avec zone d’image format FX (24x36) - capteur CMOS
23,9x36 mm- Fine 4256x2832-Pixels 12,1 millions - Objectif Nikon 300mm -
AF-S Nikkor 1:4D + convertisseur 1,4 = 420mm - Viseur reflex - Mode M
avec double réglage ouverture et vitesse, la résultante étant la valeur ISO -
NEF/RAW.-
André Boussard
10 avril 2015
Ce matin à 7h30, je suis alerté par les kèèk,kèèk,kèèk.. du mâle soulignant les orbes, converties en vrilles, les ailes repliées à demi, puis en chandelles tournoyantes....
au terme de son élan, il a tourné en arrière, le ventre en l’air pour piquer à nouveau....il
a enchaîné une dizaine de fois sur ce ballet festonné, tel que le décrit Paul Géroudet.
Cette année encore, les Busards Saint Martin seront nos voisins…...
(A suivre)






