Accueil > Ethologie > La mutation "Cinnamon" par Marc Solari

Ethologie

La mutation "Cinnamon" par Marc Solari

Qu’est-ce qu’une mutation ?

La mutation se caractérise par un changement inattendu de l’aspect d’un ou plusieurs descendants d’un couple sans que cela soit du à une cause extérieure (maladie ou carence alimentaire). La mutation se voit dès la naissance.

Un oiseau adulte qui change de couleur n’est pas un mutant, on parle d’ aberration de couleur, elles peuvent être dues à différentes causes(maladies, carences alimentaires...) ces aberrations ne se transmettent pas à la descendance. Une mutation peut affecter la couleur ou l’aspect extérieur (plumage frisé ou apparition d’une huppe par exemple).L’altération d’un chromosome ou d’un gène codant induit ce changement : pour faire simple, c’est une erreur de copie du QR code de l’espèce.

Toutes les espèces mutent plus ou moins souvent au cours de leur existence, car c’est ainsi que l’évolution progresse par la méthode des tâtonnements et des erreurs. Les mutations peuvent être bénéfiques pour l’espèce en donnant une meilleure aptitude au vol, par exemple ou négative dans le cas d’un bec difforme.

Pour la couleur, cela peut donner un meilleur camouflage ou un aspect plus séduisant lors des pariades....ou sera négative une couleur trop voyante qui risque d’attirer les prédateurs. Si les mutations positives se maintiennent et, éventuellement se développent, cela pourra , après une longue période, donner naissance à une nouvelle espèce : c’est ainsi que les espèces se différencient.

Pour le cas de cette hirondelle, il s’agit d’une très forte réduction des pigments de mélanine contenus dans la plume, mélanine qui donne la couleur noire et le bleu. Il ne reste que des traces de la phéomélanine qui donne la couleur brune, les yeux sont rouges par absence de pigments foncés et on voit les vaisseaux sanguins par transparence. Cela donne un oiseau brun très pâle sur les parties normalement foncées.

Les plumes des oiseaux (même les plus colorés) sont structurellement incolores (on les voit blanches).Mais à l’intérieur des cellules de la plume se trouvent des amas de pigments colorés plus ou moins denses qui donnent les couleurs visuelles par diffraction ou réfraction de la lumière blanche selon qu’ils absorbent plus ou moins les différentes couleurs du spectre solaire.

Cela fonctionne comme les encres d’une imprimante qui à partir de quelques couleurs de base parvient à donner une très grande palette de couleurs par mélange. Si tel ou tel pigment manque, est présent en plus grand nombre ou se trouve placé différemment, la couleur visible change.

Il existe, en gros, trois types de mutation de couleur chez les oiseaux ; elles se distinguent par leur mode de transmission :

1 - Mutation récessive : le mutant croisé avec un oiseau de génotype sauvage donnera 100 % de jeunes d’aspect (phénotype)sauvage, porteur de la mutation. Pour revoir des mutants, il faudra croiser le mutant avec un porteur ce qui donnera 50% de mutants et 50% de porteurs, ou apparier deux porteurs qui donneront 25% de mutants, 50% de porteurs et 25% d’oiseaux de génotype sauvage.

2 - Mutation dominante : tous les jeunes seront mutants.

3 - Mutation récessive liée au sexe ; là le sexe de l’oiseau déterminera la transmission de la mutation à sa descendance

A cela s’ajoute des facteurs libres qui peuvent se superposer à la mutation en donnant des oiseaux plus clairs ou plus foncés.

Voila un bref résumé du mécanisme des mutations, dans les grandes lignes cela fonctionne de la même manière chez toutes les espèces vivantes, animales et végétales.

Marc Solari

Le 23/08/21, Carl sur Aves-Contact écrit :

"En quoi est-ce différent d’un cas d’albinisme ?

D’après cette source (https://en.wikipedia.org/wiki/Albinism#Inbirds) l’hirondelle rustique est l’une des espèces avec les cas d’albinismes les plus fréquents.

Egalement, j’ai pu trouver au sujet de la mutation "cinnamon" ceci :

(https://en.wikipedia.org/wiki/Cinnamon_budgerigar_mutation) C’est apparemment une mutation réussie liée au sexe. Dans l’article, cela se rapporte à des perruches, mais d’autres espèces peuvent apparemment avoir la même mutation. L’hirondelle rustique n’est pas citée.

Merci pour vos éclaircissements.

Le 24/08/21, Marc Solari répond :

"Ce que suggère Carl est une confusion entre différentes mutations avec des résultats proches mais qui ne sont pas génétiquement semblables.

L’albinisme se traduit par une suppression totale de tous les pigments colorés. L’oiseau ou le mammifère ou autres paraissent blancs mais, en fait, ils sont incolores. L’aspect blanc traduit une absence totale de couleur mais n’est pas une couleur (sur les zones de peau nue, on voit les vaisseaux sanguins par transparence). Un albinos partiel cela n’existe pas. Il s’agit d’une confusion, fréquente, avec le leucisme qui est une mutation différente.

Le leucisme consiste en une réduction partielle des mélanines qui peut aller de 1 à 99% et se traduit au minimum par au moins une plume -ou un poil- blanc et au maximum par un animal tout blanc, avec tous les intermédiaires possibles imaginables. Mais il reste toujours quelques mélanines, en général, les yeux restent noirs et pattes/bec gardent plus ou moins leur couleur d’origine. Les deux mutations peuvent d’ailleurs se superposer....

Pour le cas qui nous occupe :

Chez la mutation cinnamon, on a une réduction totale de la mélanine noire et partielle de la phéomélanine brune. Ceci donne un oiseau très pâle avec une suffusion brune, ce qui est bien le cas de celui-ci, cette mutation existe aussi chez d’autres espèces.

Si l’hirondelle n’est pas citée, c’est simplement (à ma connaissance) que celle-ci est un des rares exemplaires connus à ce jour. De plus, pour pouvoir apprécier les détails d’une mutation, il faut voir l’oiseau de très près (ou l’avoir en main).En vol, un mutant de ce type parait blanc pur et est indistinguable d’un albinos ou d’un oiseau leucique.

Il y a d’ailleurs encore d’autres mutations qui donnent des oiseaux très pâles quasiment blancs, en général, tout cela est amalgamé sous le terme générique d’albinisme ou de leucisme, faute de mieux.

En général, ces mutants disparaissent très vite dans la nature, leur plumage clair attire l’attention des prédateurs ; ils sont capturés en priorité.