Accueil > Ethologie > Comportement des Combattants variés en nuptial

Ethologie

Comportement des Combattants variés en nuptial

L’arène (Lek) de Komagdalen (NE Norvège)

par Danielle et René Peltier

Notre rencontre avec les Combattants variés a eu lieu en 2018 et 2019 au nord de la Finlande mais surtout en Norvège au Varanger. Les points d’observations ont été divers, au bord de la route, à Nesseby, Vadsoya, Vardoya....mais c’est furtif. Aller à l’arène (lek) de Komagdalen permet une observation suivie des comportements qui justifie de faire les sept kilomètres de la mauvaise route d’accès.

Nous étions le 3 juin au lek de Komagdalen ( Varanger). Cette arène de combattants variés (appelé aussi “Chevallier combattant”) est bien connue dans tout le monde ornitho, l’Oiseau Magazine en parle sans trop précisément la situer, Dave Gosney la mentionne et on y vient du monde entier.

Nous y arrivons après plus d’une heure pour franchir les 7 km de route défoncée depuis la nationale.

Le soir depuis le parking on peut voir passer les combattants dont la tenue a changé depuis leur hivernage sur nos côtes.

Un panneau nous demande de prendre place dans les tentes affûts sur le chemin et d’approcher lentement dans l’affût pour ne pas stresser les combattants. Le soir un affût est déjà en place mais il n’y a pas d’oiseaux sur le lek (terme anglais souvent employé). Nous décidons d’aller dormir et de surveiller régulièrement la scène.

Vers 1 h du matin il y a de l’activité sur la place et trois nouveaux affûts sont installés. Debout donc, j’enfile quelques épaisseurs supplémentaires, il ne fait vraiment pas chaud, un café chaud en vitesse et je sors et monte la tente affût qui n’a pas servi depuis longtemps.
La tente est mal commode pour deux, je passe le premier. Trimballant ma maison sur le dos je m’approche en bordure du lek à un endroit où était la tente d’hier soir maintenant disparue, endroit délaissé par les autres mais plus accessible pour moi. J’essaie tant bien que mal d’arrimer la tente de l’intérieur, un petit vent commençant à se lever.

Je suis à peine assis sur mon pliant qu’un sizerin ( blanchâtre ?) vient me rendre visite quelques instants.

La distraction sera de courte durée car la place n’est pas si mauvaise ......bientôt, j’ai plusieurs oiseaux à portée d’objectif : une dizaine de mâles au plumage exubérant tellement différent de celui, nettement plus modeste, que l’on rencontre chez nous l’hiver et six femelles. Nouvelles arrivées, départs, en modifieront le nombre au fil des heures, l’activité sur l’arène aura été telle que je resterai éveillé, photographe actif, émerveillé, jusqu’à cinq heures du matin.

Les photos qui vont suivre vous permettront de découvrir ce que j’ai vu mais Paul Géroudet, mieux que moi, vous dira ce qui illustre l’exceptionnel des comportements de ces limicoles, dans la confusion changeante et anarchique de leurs relations nuptiales :
"Pour comprendre l’originalité du Combattant, il faut le rejoindre dans les prairies marécageuses bordant le Golfe de Bothnie ou sur les toundras lapones en Scandinavie. Là-bas, les mâles ont rendez-vous sur des arènes, toujours les mêmes depuis des générations, où chacun a sa place. On les trouve au petit jour , encore immobiles, comme transis par les brumes.

Mais ils sont méconnaissables dans leur livrée de carnaval : deux oreillettes saillantes sur la tête , une superbe fraise souple autour du cou, la face couverte de verrues jaunes ou rouges. Les ornements de plumes sont colorés avec fantaisie, blancs ou noirs, gris ou jaunâtres, roux ou olivâtres, unis, tachés ou barrés, tout ceci combiné de telle sorte qu’il n’y a pas deux oiseaux pareils ; le ventre et le manteau eux -mêmes participent à la mascarade.

Soudain, les jouteurs s’agitent se courbent en déployant la collerette et relevant les huppes, se défient face à face, se jettent l’un contre l’autre, se séparent, relèvent les ailes, courent de-ci de-là, sautent en l’air, se figent un instant comme ahuris, se secouent, se menacent encore. Cette pantomime en apparence décousue dégénère même en combats singuliers très vifs, où plus d’un duelliste laisse des plumes. Etrangement silencieuse, l’activité des mâles - ils sont parfois quinze ou vingt- se ranime lorsqu’une femelle s’approche. . . .

"Le spectacle parait étrange et désordonné, irréel même en raison de son silence. De loin, on dirait que de grosses fleurs bariolées s’agitent par moments. De plus près, la diversité des pantomimes défie toute description. Tantôt les mâles sautent en l’air en battant des ailes, tantôt ils vont et viennent à petits pas sur leur plateforme, s’affrontent en baissant la tête et se menaçant du bec, se courbent sur leurs jambes fléchies.
Les voici brusquement accroupis, toutes plumes dehors, puis le ballet s’arrête soudain, rien ne se passe et ils sont plantés là, ahuris, leur parure s’affaisse...Que l’un bondisse et le manège reprend, toujours crispé, décousu. Parfois, des duellistes croisent les becs et se battent vraiment ; le vaincu n’insiste pas. On pourrait croire que cette dépense d’énergie n’a aucun sens , jusqu’à ce qu’une femelle apparaisse, marchant avec nonchalance, l’air indifférent. A sa vue, l’arène entre en ébullition, puis les sauts s’arrêtent, les jouteurs se couchent, hérissés et frémissants, les ailes et la queue appliqués au sol. Nul ne fait mine de l’importuner, mais elle s’en va.
Un instant après, nouvelle alerte de sautillements frénétiques quand une autre (ou est-ce la même ?) arrive en vol et se pose devant les courtisans en attente figée. Sa revue est vite faite ; en quelques pas , elle arrête son choix sur celui que distingue un noir bleuté barré de roux jaunâtre ; du bec, elle le caresse, fourrage dans sa fraise étalée, puis elle s’accroupit , docile sous l’hommage amoureux. Sitôt après l’accouplement , elle s’esquive sans histoire et le mâle continue son jeu.

J’ai bientôt l’explication : une femelle vient faire son choix.....

.....les deux mâles ont apparemment une stratégie de séduction différente......

...un autre passage..

....pas toujours concluant ! Pfff....y’en a pas vraiment un qui me plaise !