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Ethologie

Bécassine des marais

COMPORTEMENT D’UNE BECASSINE DES MARAIS AVANT L’ENVOL

La Bécassine des marais (Gallinago gallinago) est un limicole original sur plusieurs points : son bec démesuré est flexible à son extrémité, il émet pendant la période nuptiale un son non vocal lors de piqués de plus de 60 km/h, et sa façon "explosive" de décoller de l’eau a surpris (et effrayé parfois) plus d’un naturaliste.
André Boussard a pu photographier un oiseau effectuant une "parade réflexe", puis un tentative de camouflage, avant de s’envoler. Les différentes phases du comportement de cet oiseau ont été analysées par Pascal Grisser (p.grisser@wanadoo.fr).
Ce reportage vous est présenté en partenariat avec OiseauxEthologie. Parution sur Ornithomedia.com)

Abstract

The Common Snipe (Gallinago gallinago) is a small shorebird who lives in marshes, bogs, tundra and wet meadows.
This species is famous for its long flexible bill, its "winnowing" display during courtship, flying high in circles and then taking shallow dives to produce a distinctive sound, and when startled, its explosive take off flying in a rapid zig-zag pattern uttering a harsh, nasal "scaip !"
André boussard (andre@oiseauxethologie.fr) presents us different photos of a bird reacting to a danger then trying to hide itself before taking-off. This article is proposed in partnership with OiseauxEthologie.

Bécassine des marais (Gallinago gallinago)

Description :
Longueur : 27-29 cm.
Envergure : 42-46 cm.
Limicole au dessus brun ponctué de noir, d’orange et de jaune et strié de raies blanchâtres.
Le dessous est blanc avec une poitrine et des flancs ponctués et rayés de noir.
Queue courte arrondie bordée de roux et de blanc.
Pattes courtes verdâtres.

Sons :
Le chant est sonore, composé de "tic-tac" répétés lentement, émis depuis un point élevé (poteau, arbre). Emet aussi parfois un keek-keek-keek !" ou un kuk-kuk-kuk !
A l’envol, la Bécassine des marais pousse souvent deux à trois "ketch !" mouillés, explosifs, puis vol en zigzaguant.
Lors du vol nuptial, émet un son non vocal (lire dans la partie Biologie ci-dessous).
Ecoutez des sons émis par la Bécassine de Wilson (l’équivalent nord-américain de la Bécassine des marais), cliquez ici :IconeHP.gif

Biologie :
Sédentaire au Nord-ouest de l’Europe. Les populations de l’Est et du Nord de l’Europe migrent en juillet-octobre.

Bécassine des marais (Gallinago gallinago) en train de se nourrir. Son long bec sensible et la répétition presque mécanique des pénétrations dans des eaux vaseuses peu profondes lui permettent d’attraper comme une pincette ou d’aspirer diptères, vers, sangsues, petits mollusques...
La bécassine sonde rapidement avec son bec la vase avec des mouvements saccadés. Son bec est flexible, et peut être ouvert et fermé sans mouvement à la base de celui-ci. Des alvéoles sensibles à la pointe du bec permet à la bécassine de "sentir ses proies bouger dans la vase.

Pendant la période de reproduction, le mâle effectue un vol nuptial pendant le jour ou la nuit. Il reste en vol assez longtemps, en particulier si la lune est brillante ou durant les journées nuageuses. Un son non vocal est émis, une sorte de who-who-who-who-who-who !" vibrant, résonnant, dont le volume et l’intensité augmente et diminue. Certains biologistes pensent que ce bruit est obtenu par le passage du vent dans les rectrices de la queue, mais d’autres estiment que le son est obtenu par une combinaison du vent traversant les plumes de la queue et le bruit du battement des ailes.
A noter que la femelle peut aussi émettre ce bruit.
Après l’accouplement, la femelle construit en mars-avril un nid au sol dans une cavité dans la végétation du marais, juste au-dessus du niveau de l’eau.
Elle pond généralement qutre oeufs (de trois à cinq). L’incubation dure de 19 à 20 jours.
La Bécassine des marais se nourrit d’insectes, d’escargots et d’autres petits invertébrés.
Habitat :
Marais, tourbières et prairies humides en période de reproduction. Pendant la migration, s’arrête sur les bords de plans d’eau et sur les vasières (intérieur des terres et côtes).

Parade réflexe puis tentative de camouflage

Posture de parade réflexe envers un intrus

ensuite, cette parade réflexe d’un oiseau surpris "n’étant pas adaptée", l’oiseau passe à une attitude "cryptique" ce qui veut dire " dont l’effet est de dissimuler l’animal dans son milieu naturel".

Attitude cryptique

La Bécassine des marais (Gallinago gallinago) décolle brusquement

Elle s’envole, passant au dessus des deux Bécasseaux variables (Calidris alpina) qui n’ont pas bougé. L’opération a demandé moins de trois secondes.

Analyse de ces comportements

Selon Pascal Grisser, la première attitude constitue une posture de parade réflexe envers un intrus (en l’occurrence le photographe ?) ; ce comportement aussi noté comme relation intraspécifique plutôt territoriale ou du moins d’intimidation, de "tentative de dominance" ; la queue, importante chez la bécassine dans les relations inter-individus, est étalée et tournée vers l’intrus.

Ensuite, cette parade réflexe d’un oiseau surpris "n’étant pas adaptée", l’oiseau passe à une attitude "cryptique", caractéristique mais ici particulière parce que l’oiseau a été surpris dans l’eau, avec peu de végétation lui permettant d’utiliser l’homochromie du plumage : l’oiseau "se couche" sur l’eau, plonge le bec dans l’eau et se penche en avant, comme le font d’autres limicoles surpris au sol (Vanneau huppé, Gravelots,...).

Cette phase cryptique "ne suffisant pas", l’oiseau décide alors de s’envoler. Ces trois comportements sont des phases successives d’un comportement d’un oiseau surpris par un intrus, mais ne sont en aucun cas liés.
Pour André Boussard, l’attitude étonnante de l’oiseau s’accroupissant dans l’eau serait une phase préparatoire à l’envol. Il évoque Y. Tuck, un spécialiste anglais cité par Paul Geroudet, qui estime que la musculature pectorale de la Bécassine des marais est très développée et représente près du quart du poids total de l’oiseau. La dépense d’énergie lors de l’effort initial et le vol battu dès le départ est considérable. Sa vitesse d’ascension et son vol en crochet atteignent très vite 100 km/h..

En partie, cela expliquerait pourquoi cet oiseau, malgré sa crainte innée du prédateur, cherche à retarder l’instant de l’envol qui s’effectue nettement au dernier moment. Ceci est connu. Il lui est nécessaire de s’arquebouter en mettant la partie pectorale en appui et de situer son centre de gravité dans l’axe de l’appui des pattes. Ceci permettrait de comprendre pourquoi on constate une position verticale de son corps, croupion dressé vers le ciel avant l’envol. Notez que le corps est bien vertical et l’éventail des caudales est couché sur le coté.

A propos du son nuptial non vocal

Enkelbeckasin
CD4 Pipare - Trutar/Fåglarnas Sång Och Läten Disc 4

Positions en vol des rectrices de la Bécassine des marais (Gallinago gallinago) : A- Au cours du vol nuptial, les rectrices externes sont dressées, à l’origine en partie du son typique, B- En vol "normal", toutes les plumes caudales sont réunies
Dessin : Ornithomedia.com, d’après P. Géroudet
Entre mars et juillet, la Bécassine des marais émet une musique étrange, un bêlement caverneux et prolongé. Mais ce chevrotement n’est pas vocal. J. Redding explique que la Bécassine des marais, s’élève en silence jusqu’à 50 mètres de hauteur, là, dessine un circuit de 150 à 200 mètres de diamètre qu’elle va parcourir parfois pendant plus d’une heure. On la voit pivoter sur le flanc en plongeant à 40°, les ailes étalées et la queue déployée ; le chevrotement retentit pendant deux secondes jusqu’à ce que l’oiseau infléchisse sa courbe et plane, remontant en vol battu pour recommencer ... La sonorité grave et creuse s’amplifie avec l’augmentation de la vitesse de chute qui peut atteindre, selon Redding, 17 mètres par seconde (61 km/h).
La structure particulière de la paire de rectrices externes leur permet de produire la vibration sans être endommagées par la vitesse.
C’est le tremblement des ailes qui en fait un trémolo par l’interruption rythmique du courant d’air (hypothèse discutée, voir la partie biologie de cet article).
La signification semble autant territoriale que sexuelle ou expression d’une d’excitation. La femelle émet également ce bruit mais moins souvent que le mâle. Ce ne sont pas des preuves de nidification, mais seulement des indices, car on a constaté cette émission (rarement) lors de la migration ou l’hiver.

Bibliographie

 Les Limicoles" de Paul Géroudet, éditions Delachaux et Niestlé.
 Oiseaux d’Islande de Breuil, éditions Le Chevalier.