Avifaune de FRANCE par André Boussard (+ dix espèces Europe)
Pygargue à queue blanche
(Haliaeetus albicilla)
(Aquarelle de Paul Barruel-Illustrateur des œuvres de Paul Géroudet)
(Guide ornitho – Delachaux & Niestlé)
Pygargue vient du grec pugé = fesse et argos = blanc brillant. En réalité, Pygargue est un
terme imprécis car ce sont les rectrices qui sont blanches.
Leur aspect, leur taille et leur bec les rapprochent des aigles. Ils s’en distinguent par leurs
narines allongées, leurs tarses en partie dénudés et la présence sous les doigts plutôt courts
avec des griffes très arquées, de pelotes dures qu’ils leur permettent de maintenir les
poissons, puisque ce sont des pécheurs. Huit espèces de pygargues sont réparties sur tous
les continents, surtout en Asie.
Haliaeetus du grec als = la mer, le sel, alieus = le pêcheur et aetos = l’aigle donc aigle de
mer pêcheur.
Albicilla du latin albus = blanc cilla = queue.
Enorme rapace au bec formidable, il est en effet connu sous le nom d’aigle de mer. Ce
serait même un aigle superlatif à en croire sa superbe et sculpturale apparence et l’on en
attendrait des exploits terrifiants.
Pourtant, son mode de vie l’apparente plutôt aux milans et aux vautours. Son aspect
imposant trompe sur son caractère assez débonnaire et paresseux en somme. Pêcheur
en surface, chasseur lourdaud, il donne rarement pleine carrière à sa puissance et se
plait aux basses besognes si commodes. C’est tout de même un oiseau magnifique
symbole de liberté primitive et sauvage.
Le Pygargue à queue blanche habite les côtes maritimes, en particulier les îles et les
archipels, les régions lacustres et les abords des grands cours d’eau. Il n’est pas
vraiment spécialisé. Dans l’Europe primitive, il devait être fort répandu, avec une
densité que l’on ne rencontre plus qu’en Sibérie. De nos jours, les couples sont
largement espacés, leur rayon d’action pouvant atteindre quinze à trente kilomètres.
Dans le delta du Danube qui représente 5.500 km2, vingt quatre couples ont été
dénombrés cette année. Le couple habite toute l’année le site de nidification et lui
est fidèle. Il défend son territoire contre l’intrusion d’autres adultes.
L’activité du pygargue se partage entre la pêche, la chasse, la récupération des
animaux morts et le parasitisme en proportions variables selon les régions, les
saisons et avec un opportunisme semblable à celui d’un milan.
Les oiseaux aquatiques craignent son apparition. En Norvège, il chasse les plongeons
et surtout les mâles d’eider. Pendant la nidification, il exploite les colonies de Laridés
d’Alcidés et de cormorans sur les îlots et les falaises, prélève aussi de jeunes mouettes,
hérons et freux.
Il s’intéresse aussi aux mammifères, de moindre importante dans son régime
alimentaire. Ce sont selon les régions, lapins des dunes, lemmings des toundras ou les
sousliks dans la Dobroudja de Roumanie près du delta. Partisan du moindre effort,
le puissant rapace a une prédilection pour les cadavres de poissons, et d’autres bêtes ;
il en vit surtout à la mauvaise saison.
De fin janvier à fin mars, on voit les grands oiseaux s’élever en planant, décrire
ensemble des orbes lents, tandis que leurs cris alternés retentissent. Le mâle cherche
à dominer la femelle qui se renverse sur le dos et présente les serres. C’est à ses
simulacres agressifs, d’une souplesse inattendue, que se bornent les jeux nuptiaux,
préludes des accouplements.
A fin février début mars, ponte de deux œufs dans l’aire qui est une accumulation de
branchages, de lichens, de bruyères, d’algues et de plaques de gazon. La femelle assure
la majeure partie de la couvaison mais le mâle la relève plusieurs fois par jour. Tous
deux se nourrissent dans les environs immédiats et demeurent jour et nuit en vue de l’aire.
Ce ne sera que dans la dernière période de l’élevage qu’ils s’éloignent du secteur du nid
lors de leurs chasses.
Contrairement à ce qui se passe chez les “vrais aigles”, les petits pygargues se supportent
sans batailler. Les parents se partagent les soins et le ravitaillement ; le mâle étant le
pourvoyeur principal au début. A l’âge d’un mois, les jeunes sont laissés seuls plus
longtemps ; à cinq / six semaines, ils peuvent dépecer eux-mêmes et exercent leurs ailes.
A deux mois, ils sont tout à fait emplumés. Le premier vol est tenté vers juillet à l’âge
environ de trois mois. Les jeunes pygargues ne tardent pas à suivre les adultes en les
assaillant pour se faire nourrir ; ils le seront pendant quatre, cinq semaines encore.
Le pygargue se reproduit à cinq ans, les immatures tendent à vagabonder et à se grouper
dans les lieux favorables ; ce sont eux qui entreprennent les voyages les plus étendus, tandis
que les adultes ne quittent leur domaine que si la glace recouvre les eaux.
Le bassin du Danube, les Balkans et la Grèce reçoivent des hivernants venus du nord-est.
Le mouvement de retour est sensible de mi-février à mai. Une partie des immatures reste
çà et là, dans les quartiers d’hiver.
Cris et chants
PYGARGUE A QUEUE BLANCHE
Cris de couples près de l’aire, puis en vol (sur fond de Goélands cendrés) et divers autres cris.
(Extrait du " Coffret ornitho Sittelle" http://www.sittelle.com)
Bibliographie :
"Les Rapaces d’Europe" de Paul Géroudet (Delachaux & Niestlé)
"L’étymologie des noms d’oiseaux" de Pierre Cabard et Bernard Chauvet (E.Belin)







