Avifaune de FRANCE par André Boussard (+ dix espèces Europe)
Ibis falcinelle - Spatule blanche
"Ibis falcinelle” "Spatule blanche”
(Plegadis falcinellus) (Platalea leucorodia)
Guide Ornitho (Delachaux & Niestlé)
Dans le Delta du Danube, pas d’Ibis sacré ou d’Ibis chauve (quelques uns de ces derniers localisés au sud-ouest de la Turquie) mais un Ibis falcinelle en abondance (plusieurs milliers de couples) qui est comme les pélicans caractéristiques de ce biotope.
Avec la Spatule blanche cet oiseau fait partie de la famille des Threskiornithidés. L’origine de ce nom est du grec ornis = oiseau et du verbe threskeno = rendre les honneurs aux dieux. C’est en vénérant les oiseaux sacrés (les ibis égyptiens) que l’on rend hommage aux dieux.
Buffon rappelle que les ibis ont sauvé l’Egypte de la vermine (serpents, sauterelles ...) pullulant dans le limon fangeux du Nil ce qui a justifié la reconnaissance des habitants qui les considéraient comme des envoyés des dieux.
Il existe vingt trois espèces d’ibis dans le monde et le plus ancien fossile trouvé date de soixante millions d’années. Ibis et spatules ont un bec pourvu d’innervations tactiles – comme certains limicoles – qui
permet de trouver de la nourriture sans y voir. La spécialisation alimentaire sur les petites proies animales va de paire avec la fréquentation de lieux humides en eaux peu profondes, biotopes de plus en plus menacés, d’où la disparition programmée de l’Ibis nippon, de l’Ibis chauve en Afrique et de l’Ibis géant au Cambodge.
Les colonies d’Ibis falcinelle s’installent généralement dans les roseaux, les massifs de saules des marais ou les arbres aux côtés d’aigrettes, spatules, Hérons cendrés ou bihoreau ou cormorans ; les colonies pures sont rares.
Dès juillet / août ils se dispersent par petits groupes vers la Méditerranée (en Grèce particulièrement) mais on en trouve dans tous les pays européens, jusqu’en Islande et à l’est de l’Afrique. Le retour dans le delta du Danube se fera en avril.
“Ibis” mot grec emprunté à l’égyptien. L’ibis était l’incarnation du dieu Thôt, dieu de l’intelligence pratique, patron des scribes, comptables, guérisseurs, ...son long bec rappelant le calame avec lequel on écrivait.
“Fascinellus” vient du latin falx = la faux = petite faucille. “Plegadis” du grec plegas = faux = serpe, renforce le caractère du bec de l’oiseau.
Aquarelles de Paul Barruel, illustrateur de l’œuvre de Paul Géroudet
La Spatule blanche est de tous les grands échassiers d’Europe le plus “limicole”, le plus spécialisé dans l’exploitation des espaces inondés et vaseux dont elle dépend absolument.
Le bec de la Spatule blanche peut être jugé disgracieux et à première vue il déconcerte même par sa structure dépourvue de tranchant, de pointe ou de dentelures. Revêtu d’une sorte de cuir souple cannelé en travers renforcé sur ses bords et un peu recourbé à l’extrémité de sa large spatule arrondie, il est pourvu
à l’intérieur de fins sillons parallèles dans le sens de la longueur. Relativement souple riche en terminaisons nerveuses, c’est un organe tactile de préhension bien différent des becs durs des hérons et des cigognes.
L’oiseau l’utilise le plus souvent comme instrument d’une recherche continue dans laquelle la vue ne joue qu’un rôle secondaire. La spatule avance dans l’eau penchée en avant, son long cou flexible va et vient en “fauchant” avec le bec aux mandibules légèrement écartées tantôt presque vertical tantôt oblique. Dès qu’une bestiole est touchée et prise, l’oiseau relève la tête et avale avec une secousse.
Il est fréquent que la pêche se pratique en groupe dès que la nourriture abonde. Cette méthode du “sabrage” qui fait penser à celle de l’avocette est la plus courante, mais la spatule peut aussi fouiller la vase et les herbes, ramasser et happer à vue. La nourriture, essentiellement animale comprend toutes les bestioles des eaux douces ou saumâtres.
C’est en août/septembre que les populations de spatules s’en vont, laissant quelques attardées jusqu’en octobre et novembre. Il y a même eu des tentatives d’hivernage aux Pays-Bas. Elles suivent les côtes atlantiques, rejoignent le Maroc puis le Sénégal où elles hivernent. Celles de l’Europe centrale se dirigent vers l’Afrique. Le retour s’amorce assez tôt fin février, la plupart en mars, le mouvement se prolongeant jusqu’en mai.
Cette espèce si remarquable n’est représentée en Europe qu’en mille à mille cinq cents couples répartis en une dizaine de colonies. Etroitement liée à un milieu naturel très particulier déjà fortement réduit par les drainages et assèchements, la Spatule blanche s’avère très vulnérable aux altérations écologiques.
“Platalea” vient du grec “plate” qui désigne la surface large et plate d’une extrémité (rame, queue, ou bec) d’où spatule, sorte de cuillère plate. En anglais Spoonbill = bec en cuillère. En allemand Löffler dérivé de Löffel = cuillère.
“Leucoradia” du grec leukos = blanc et crodias = héron.
*Ibis falcinelle (Plegadis falcinellus)
Cris d’un couple dans une colonie (avec coucou) et de jeunes au nid.
*Spatule blanche ( Platalea leucoradia)
Ambiance d’une colonie, avec cris graves des adultes et cris aigus des jeunes.
(Extraits du " COFFRET ORNITHO SITTELLE "
http://www.sittelle.com )
Bibliographie :
"Les Grands Echassiers" de Paul Géroudet (Delachaux & Niestlé)
"L’étymologie des noms d’oiseaux" de Pierre Cabard et Bernard Chauvet (Ed Belin)
A.B.
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