Avifaune de FRANCE par André Boussard (+ dix espèces Europe)

Héron cendré & Aigrette garzette.

"Héron cendré” “Aigrette garzette”
(Ardea cinerea) (Egretta garzetta)

Héron cendré

Aigrette garzette

(Aquarelles de Paul Barruel – Illustrateur des œuvres de Paul Géroudet)

(Guide ornitho –Delachaux & Niestlé)

Ces deux ardéidés nous sont familiers ; le biotope du Delta du Danube leur est tout à fait adapté.

HERON CENDRE (Ardea cinerea)

Du latin cinereus (cendré).Comme indiqué dans le dossier 17_35, consacré au Héron pourpré, à l’origine de “ardéidés”le latin ardea et le grec tardif erodios = héron.
Pour les auteurs moyenâgeux, le héron est un oiseau qui craint l’orage et s’envole au-dessus des nuées menaçantes. On en a également fait le symbole du Christ, car il est censé être le chef des passereaux, tout comme le Christ est le guide des humbles.
Sa tenue grise, modeste, en fait un symbole de pénitence car il passait pour avoir une vie de souffrances, d’anxiété, d’indigence (Buffon) dont ne le distrayait même pas l’accouplement.

Tout comme aux rapaces, la qualification de nuisible a été appliquée à ces hérons et a motivé des destructions systématiques encouragées par des lois et des primes dans la première moitié du XXème siècle.

Ce sont les recherches scientifiques sur les aspects de leur régime alimentaire qui stoppèrent ces pratiques car il fut constaté que les prélèvement des poissons imputables aux hérons n’ont pas d’incidences néfastes sur le peuplement piscicole.

Ces prédateurs sont enclins à saisir les plus faciles et les plus abondantes proies, les sujets déficients ou vivants près de la surface qui n’ont guère de valeur marchande même si est constatée quelquefois la perte de poissons d’importance harponnés et non consommés dans des bassins d’élevage.

Actuellement, dans beaucoup de pays européens, une protection légale, le plus souvent partielle, limitée à la période de reproduction, a permis aux héronnières de se reconstituer peu à peu.

La sociabilité joue un rôle capital comme stimulant et garant de stabilité. Les activités quotidiennes se distribuent de façon assez variables selon les circonstances. En général, la quête de nourriture est plus intense aux premières heures du jour et dans la soirée, peu pratiquée au milieu de la journée et de la nuit.

La ration quotidienne d’un héron varie évidemment en fonction de la richesse du milieu et du succès de la pêche. Elle est de l’ordre de 330 grammes en moyenne. Sa prédilection va aux poissons, la grosseur préférée se situant entre 12 et 16 cm et pour les anguilles entre 26 et 40 cm.

Dans les milieux humides, il s’intéresse aux couleuvres, aux grenouilles, aux insectes, puis aux crustacés, mollusques et vers. Sur les champs et près, les micro-mammifères l’attirent et peuvent constituer sa ressource principale pendant les pullulations des campagnols ; la capture d’oiseaux et de poussins reste marginale.

A ce pêcheur, l’eau est indispensable. Sa préférence va aux rivages plats, ouverts, et aux eaux claires où son avance pédestre est aisée jusqu’à 35 cm de profondeur. En revanche, il ne fréquente pas celles qui sont trop profondes ou trop rapides, bordées de berges abruptes ou de végétation épaisse.

La reproduction exige un site le plus proche possible des gagnages, encore que le rayon d’action d’une héronnière, d’habitude inférieure à 15 kilomètres puisse s’étendre jusqu’à 30 kilomètres au moment de l’élevage.

Les Hérons cendrés ne sauraient cacher leur héronnière ; c’est au vu de tous qu’ils bâtissent leurs grands nids dans les cîmes des arbres, bien avant la pousse des feuilles, qu’ils s’accouplent et nourrissent leurs jeunes. La plupart des oiseaux atteignent leur maturité pendant la deuxième année, mais un petit nombre (surtout des femelles) sont capables de se reproduire à la fin de la première année donc en plumage juvénile et se comportent comme des adultes.

Les nids rechargés chaque année durent longtemps,en relation avec la vie de l’arbre support : la héronnière de Chillham dans le Kent est déjà mentionnée en 1293 !! De telles sociétés qui peuvent dépasser plusieurs dizaines de nids, quelquefois plusieurs centaines attirent souvent des rapaces qui utilisent des aires disponibles, tels faucons pèlerins crècerelles,Milans noirs (fréquents) jadis le pygargue. Dans les régions méridionales, des spatules, des ibis s’y joignent et dans le nord,des cormorans, des freux. Partout de nombreux moineaux et étourneaux s’installent dans l’épaisseur de ces nids.

Dès janvier ou au début de février, sitôt le couple formé, la construction du nid se précipite, le mâle effectuant recherche et transport de matériaux, la femelle se contentant de les arranger. Le premier œuf bleu verdâtre est pondu en mars. Les deux parents se relaient à longues intervalles d’une dizaine d’heures, chacun allant se
ravitailler pour son compte. L’apparition des poussins accélèrent le rythme des relèvent qui passent à quatre heures ; les adultes couvrent les jeunes pendant trois semaines environ, les nourrissant tous les trois / quatre heures par régurgitation des proies pêchées.

A l’âge de 38 à 42 jours, les premiers décollages sont constatés ; cependant jusqu’à 70 jours, les jeunes reviennent à l’aire pour se reposer et recevoir de la nourriture. A trois mois, les jeunes hérons sont tout à fait indépendants.

De juin à septembre, les groupes juvéniles s’égaillent en diverses directions, la migration culmine en septembre/octobre, la répartition étant très variable, un bon nombre des pays d’Europe étant des terres d’accueil, même si beaucoup gagnent l’Afrique tropicale.

AIGRETTE GARZETTE (Egretta garzetta)

A l’origine, le mot aigron = héron, le nom provençal aigretta. Ces mots sont en relation avec l’idée de pointe de pique. Aigre dérive du latin acer = pointu.

Garzette est un terme italo-espagnol dérivé de gercaula = héron. En allemand : Seidenreiher – en suédois silkesäger se traduisant par “héron de soie”, en raison de la pureté de son plumage blanc.

Durant le premier quart du XXème siècle, la mode des plumes sur les chapeaux féminins à provoquer une chasse systématique de ces échassiers. Les ravages commis dans les colonies aux moments de la couvaison, suscitèrent une émotion considérable et un mouvement protectionniste international : la mode discréditée finit par tomber. De nos jours, de nouvelles menaces ont surgi par disparition ou altération des milieux humides,
mais il semble que la résistance de ces oiseaux s’avère élevée.

Nette et immaculée, svelte et proportionnée avec élégance, l’Aigrette garzette joint à ses séductions esthétiques une grâce de mouvements qui contrastent avec la raideur flegmatique des grands hérons.

Sa quête alimentaire est limitée par la hauteur de ses jambes aux eaux de faible profondeur n’excédant guère une quinzaine de centimètres. La taille préférée des captures va de 3 à 8 cms. Les poissons représentent la part principale de ses proies avec batraciens, tétards, vers, crustacés même si les insectes sont pris en abondance.
A l’occasion, l’oiseau chasse dans les près grillons, sauterelles, criquets sans négliger les mollusques.

Elle fréquente les plages des étangs, des lagunes et des mares, ainsi que les franges des marais inondés, les bords de fossés et de canaux ; les rizières sont également très appréciées.

Les nids sont construits sur des arbres feuillus, au-dessus d’un sol sec ou inondé, plutôt à l’intérieur du boisement à l’abri du vent ; l’essence importe peu : peupliers, saules, chênes, robiniers les accueillent.

Pour sa reproduction, le stimulant social est tel que le couple nichant isolément n’existe pas. Même seul de son espèce, il lui faut le voisinage immédiat d’autres oiseaux sociables et nichant à peu près de la même façon.

Le débordement de la vie a quelque chose d’hallucinant dans ses formidables colonies mixtes. Pendant la phase de construction, la foule des adultes y stationnent en permanence, excitée par les querelles territoriales, les bagarres, les accouplements, les allées et venues, les cris discordants.

Jusqu’à l’âge de neuf jours, les poussins sont encore en duvet blanc puis les gaines des plumes apparaissent et dès le douzième jour les plumes commencent à sortir tandis que oisillons se dressent sur leurs jambes ; à trois semaines et demi, le nid devenant trop exigu, ils s’aventurent sur les branches, chacun de son côté, et c’est là que les parents vont les nourrir au retour de leur pêche, surtout dans la matinée et vers le soir.

A l’âge d’environ 40 jours, les jeunes les plus avancés commencent à voler ; ils passent d’un arbre à l’autre et descendent à terre pour glaner les proies tombées des nids. Mais ils ne tardent pas à se joindre aux adultes sur les lieux de pêche les plus proches où ils font leur apprentissage et dès lors sont indépendants vers la fin juillet.

L’erratisme à la recherche de gagnages nouveaux se poursuit jusqu’à fin septembre. A fin août, cependant, la véritable migration s’y superpose et dure jusqu’à novembre.
Dans le sud de l’Europe, déjà un certain nombre d’oiseaux passent l’hiver sur les rives de la Méditerranée. La plupart des Aigrettes garzette se rend cependant en Afrique du Nord.

Bibliographie :

"Grands échassiers-Gallinacés-Râles d’Europe" de Paul Géroudet (Delachaux & Niestlé
"L’étymologie des noms d’oiseaux" de Pierre Cabard et Bernard Chauvet

CHANTS & CRIS

Gråhäger
CD1 Lommar - Rostand/Fåglarnas Sång Och Läten

* HERON CENDRE

Silkeshäger
CD1 Lommar - Rostand/Fåglarnas Sång Och Läten

*AIGRETTE GARZETTE

EN COURS............. pour encore une quinzaine d’articles.