Avifaune de FRANCE par André Boussard (+ dix espèces Europe)

Eperviers d’Europe & à pieds courts

"Epervier d’Europe” “Epervier à pieds courts”
(Accipiter nisus) (Accipiter brevipens)

Femelle(au 1er plan) et mâle d’Epervier d’Europe
Aquarelle de Paul Barruel illustrateur des œuvres de Paul Géroudet

(Guide ornitho Delachaux & Niestlé)

A la base du nom d’Epervier, il y a la notion “d’éparpiller” ; l’idée est que les rapaces
lors de leur chasse, font éparpiller les bandes de petits oiseaux surpris au gagnage.
Il désigne aussi un filet conique jeté à la main qui est étalé par le pêcheur quand il le
lance ; la palette du maçon s’appelle aussi épervier sur laquelle il dispose le plâtre pour
le lancer.
On y voit aussi une allusion à la position de l’oiseau sur le poing de son dresseur et à la
vitesse avec laquelle il fonce sur sa proie. Donc, d’une façon générale, l’épervier
(sparwuri et le latin sparvarius) à une racine cinétique de mouvement ; s’y rattachent
les mots sperper = épervier et sperling = moineau (en allemand), sparrow = moineau
(en anglais), sparrow awk = épervier.
Le printemps qui est la saison du jaillissement de la vie est spring, et l’étincelle se dit
spark en anglais.

Accipiter nisus
 accipiter est le nom latin de l’épervier (cf. le verbe latin accipitro = déchiqueter)
 Nisus, latinisation de Nisos, roi légendaire de Megare en Grèce antique.Trahi par sa
fille et vaincu par Minos finalement changé en épervier par les dieux.

Accipiter brevis
 brevis = court en latin. Ce sont en fait ses serres qui sont courtes, ce qu’exprime
l’allemand avec Kurtzfangsperber = épervier à petites serres.
Il niche dans les Balkans, ce qui explique les noms anglais “Levant sparrow awk”
(épervier du levant), italien “Sparviere levantino”, hollandais “Balkansperwer”, et en
suédois “Balkanhök”. Mais c’est “Gavilan griego” = épervier grec, en espagnol.

Epervier d’Europe mâle

Epervier à pieds courts mâle

Epervier d’Europe

Paul Géroudet a su très bien restituer les conditions dans lesquelles l’Epervier
d’Europe, dont le régime alimentaire est constitué essentiellement de passereaux
a su justifier ce nom “d’éparpilleur”.

Je cite : “A côté de la ferme, les moineaux piaillent, picorent et s’ébrouent dans
la poussière du chemin. Soudain, une ombre grise s’abat par dessus la haie et la
société insouciante éclate : sauve qui peut ! Les passereaux se sont jetés de tous
côtés dans les couverts et s’y blottissent, paralysés de frayeur. Au milieu du
chemin désert et du silence impressionnant, un petit rapace au regard fixe, à
demi étalé sur le sol, reprend ses esprits et s’esquive sans tarder emportant la
proie dans ses longues serres jaunes. L’Epervier a réussi son coup !”.

“La PANIQUE !”
A l’origine de cette photo, une attaque de l’Epervier d’Europe femelle ci-dessous

Epervier d’Europe femelle

Chasseur hardi et acharné, l’épervier compte sur la surprise. Il en multiplie les
occasions par l’exploration méthodique du terrain et l’approche dérobée. A faible
hauteur, il parcourt les lisières des bois en rasant les buissons et les arbres. Ombre
silencieuse, il traverse les futaies, se faufile agilement dans les sous bois, débouche
soudain dans les clairières, glisse comme l’éclair sur les taillis et les pentes boisées.
L’examen objectif de son régime montre qu’il se nourrit au dépens des espèces les
plus abondantes et les plus apparentes dont il prélève une partie des surplus.

L’étude en Europe centrale de 864 aires indique :
 1386 mammifères, surtout des campagnols (786), muscardins (459), mulots (79),
lapins (47), écureuils (21), musaraignes (20), levrauts (15), etc... ; l’épervier capture,
donc à l’occasion, de petits animaux terrestres. Ce n’est rien en comparaison des
58.077 oiseaux de 126 espèces, dont le 40% est fourni par le moineau domestique
(6090), la grive musicienne (4642), le pinson des arbres (4365), l’alouette des champs
(3781) et le bruant jaune (3561) pour les plus importants. A noter qu’en période de
nidification, les 4/5ème des besoins sont couverts par les 16 espèces les plus communes.
A ce moment la consommation atteint son maximum soit environ 82 grammes par tête et
par jour en moyenne, c’est à dire deux prises puisque la plupart de celles-ci n’excédent
pas 40 grammes.

Epervier d’Europe mâle avec proie (Photo Jean-Marie Poncelet)

Le secteur de nidification doit offrir un couvert assez dense qui n’entrave pas la liberté
de vol. L’épervier s’installe donc dans un massif boisé, tantôt près de la lisière tantôt
plus à l’intérieur mais toujours à la portée d’un terrain de chasse.

Certains couples demeurent ensemble tout l’hiver dans leur territoire et le survolent
aux beaux jours, mais c’est d’habitude dès la mi-mars que l ‘on voit mâle et femelle
s’élever en spirales battues et planées à une grande hauteur au dessus des bois.

L’éclosion, plus ou moins échelonnée, intervient au début de juin en général. C’est
encore la femelle qui couvre les petits et qui leur distribue les lambeaux de chairs des
proies. Le mâle, pourvoyeur infatigable en est incapable. Si la femelle est tuée, il
apporte toujours des passereaux plumés ou non, mais ne sait pas les préparer et les
poussins mourront de faim à côté d’un amas de nourriture brute.
L’instinct migrateur parait plus développé chez les jeunes que chez les adultes, du
moins dans la moitié septentrionale du continent, ou une partie d’entre eux hivernent
cependant à peu de distance de naissance, même en Scandinavie.

Epervier d’Europe juvénile

Epervier à pieds courts

C’est dans la montagne hercynienne de Macin, non loin du delta du Danube, que nous
avons rencontré l’Epervier à pieds courts. Un nid était installé à une quinzaine de
mètres au sommet d’un arbre non loin de la maison du directeur de la réserve.
A loisir, nous avons pu l’observer lorsqu’il nourrissait ; tout de suite on remarque son
vol moins rapide que celui de l’Epervier d’Europe, les battements d’ailes sont plus mous ;
celles-ci sont plus longues et plus pointues, la queue plus courtes (156/165 mm contre
166/176 mm pour les femelles).

Il rappelle le Busard Saint Martin mâle par son manteau gris bleu pâle et ses rémiges
noires.Nous n’avons pas vu de juvéniles à l’envol mais il est connu qu’il se caractérise
par ses faces supérieurs très sombres et inférieurs très blanches. Celles-ci pointillées
de larmes brunes de la poitrine aux flancs et au ventre.

Epervier à pieds courts juvénile

Sa voix assez plaintive et trainante a été comparée à celle du Torcol. Criard par moments
près du nid, il est en général silencieux et discret mais peu farouche.

Son régime alimentaire diffère de celui de l’Epervier d’Europe. Certes, il prend quelques
passereaux mais sa préférence va aux gros insectes (coléoptères, cigales, orthoptères.....)
aux petits rongeurs et aux lézards. Il tue même des serpents.

Dès septembre, la migration commence par petits groupes – c’est un oiseau sociable – en
direction du sud-est. On pense que les Eperviers à pieds courts hivernent dans le nord-est
de l’Afrique et le sud de l’Asie, quittant tout à fait l’Europe.

Ils vont revenir fin avril début mai et s’installeront dans les bois et bosquets des vallons,
de la plaine notamment dans les aulnes et les peupliers le long des cours d’eau. Il
fréquente les taillis des collines, les oliveraies et ne craint pas le voisinage des maisons.

Se cantonnant aux basses altitudes, il n’entre pas en compétition avec l’Epervier d’Europe
qui, l’été, demeure plutôt dans les forêts de montagnes élevées mais se trouve en grand
nombre également dans le delta du Danube.

Epervier d’Europe
Fåglarnas Sång Och Läten/oiseaux Disc 2

* EPERVIER d’EUROPE

Balkanhök
Fåglarnas Sång Och Läten/oiseaux Disc 2

* EPERVIER A PIEDS COURTS

Bibliographie :

"Les Passereaux" de Paul Géroudet (Delachaux & Niestlé
"L’étymologie des noms d’oiseaux" de Pierre Cabard et Bernard Chauvet