Avifaune de FRANCE par André Boussard (+ dix espèces Europe)
Coucou gris
Chant d’un mâle, cris de mâles excités - Trille de la femelle
(Cuculus canorus)
Paul Barruel illustrateur des œuvres de Paul Géroudet)
(Guide ornitho –Delachaux & Niestlé)
Migrateur – Zone de reproduction dans le paléarctique occidental
L’ordre des Cuculiformes a pour origine le nom latin Cuculus = Coucou gris ; il s’agit d’une onomatopée
de son chant. Plus que tout autre oiseau, toute la symbolique qu’il véhicule a marqué notre vocabulaire
courant dans différents pays d’Europe. Ainsi dès le Moyen Age, Cuculus = ku ku était employé comme
terme injurieux pour un amant adultère ou un amoureux transis, ce qui a mené au mot “cocu”.
Le coucou évoque ainsi l’idée de tromperie, en raison de ses mœurs de reproduction. En témoigne encore
un néologisme italien récent (1987) “figlio del cuculo” (fils du coucou) qui désigne l’enfant d’une mère
porteuse.
En France, dans le monde rural, on appelait coucous non seulement ceux que l’on surprenait en train de
faire une action malhonnête mais aussi les vignerons paresseux qui étaient en retard pour aller tailler
leur vigne, car on entend le coucou chanter jusqu’à la Saint Jean, le 24 juin, alors que la vigne se taille
en février-mars.
Coucou gris mâle
On dit, en français que le coucou “coucoue” ou “coucoule” verbe évidemment onomatopéique.
Le mot enfantin “coucou” destiné à manifester une présence inattendue a pour origine le fait que le
chant de l’oiseau surprend quand on l’entend pour la première fois de l’année. Le même usage existe
en allemand “Kuckuck” et en italien “cucu”.
En France, le coucou est lié à l’argent : il est traditionnel de parler “la veine de cocu”’. Il faut toujours avoir dans sa poche de l’argent quand on entend le coucou chanter pour la première fois de l’année, promesse qu’on “sera riche toute l’année”. Mêmes croyances en Allemagne où pourtant l’oiseau n’a pas bonne presse :
– un cadeau douteux est nommé Kuckucksei = œuf de coucou.
– pour dire “au diable !” ou “que le diable l’emporte !” on dit “zum Kuckuck !” ou “Hol’s der Kuckuck” “que le coucou l’emporte”.
Cela vient des mœurs du coucou qui dérobe les œufs des autres pour pondre les siens à la place : on sait alors que ce que le coucou emporte, nul ne le revoie jamais.
Coucou désigne aussi des moyens de transports en mauvais état, comme un avion “le vieux coucou”.
L’origine en serait une petite voiture publique de Paris au début du XIXème siècle qui aurait été
peinte en jaune, couleur coucou, celle de la plante que l’on nomme Primula officinalis car elle fleurit quand l’oiseau revient d’Afrique.
En anglais existe l’expression “to live in cloud – cukooland” littéralement “vivre au pays du coucou et des nuages”équivalent anglo-saxon de notre formule “croire au Père Noël”. Signalons les expressions “to go
cukoo” = devenir fou”et “a cukoo in the nest = un indésirable”. En mélangeant les deux en 1962, Ken Kesey a écrit un roman célèbre “One flow over the cukoo’s nest” “Vol au dessus d’un nid de coucou”.
Canorus vient du latin canor = sonore, mélodieux.On entend le chant du coucou à plus d’un kilomètre.
Coucou gris femelle (forme rousse)
Autrefois rattachés aux Pics parce qu’ils possèdent deux doigts dirigés en avant et deux en arrière, ce qui en fait d’excellents arboricoles, les coucous forment maintenant un ordre particulier, ce que justifient amplement leurs caractères anatomiques et leurs mœurs, singulièrement le parasitisme.
L’ordre des cuculiformes comprend deux familles : les Musophagidés limités à l’Afrique et les Coucous proprement dits, répartis sur l’Ancien et le Nouveau Monde. Cinquante sur les cent vingt huit espèces de la planète sont des parasites de couvée c’est à dire qu’ils ne construisent pas de nid, n’assurent pas l’incubation de l’œuf ni l’élevage du jeune.
Le parasitisme est apparu indépendamment dans plusieurs lignées d’oiseaux : Ansériformes, Cuculiformes, Piciformes, Passériformes. On peut considérer comme premier stade la ponte dans des nids déjà faits.C’est ainsi que des moineaux s’emparent parfois de nids d’hirondelles, que des étourneaux chassent d’autres oiseaux des cavités où ceux-ci se sont établis, ou que des oiseaux de proie s’établissent dans des aires d’autres rapaces ou de corvidés. Egalement, on observe que la nidification en commun est un des premiers stades du parasitisme, tous les oiseaux d’une même bande vont construire un nid unique où les femelles déposent leurs œufs.Ce mode de nidification correspond alors à la perte des comportements territoriaux et de l’instinct de propriété des jeunes élevés en véritables crèches.
Le parasitisme peut s’expliquer par des perturbations physiologiques rendant impossible le déroulement normal des diverses phases de reproduction mais il implique aussi l’acquisition de nouveaux caractères éthologiques reflétant une adaptation du parasite à l’hôte et une évolution particulière des modalités de reproduction.
Coucou gris mâle
Il n’y a pas de couples durables chez le coucou dont le mâle est polygame et ne défend pas de territoire. La femelle manifeste un certain comportement territorial, bien que les territoires limitrophes empiètent souvent largement et que plusieurs femelles puissent cohabiter : ce fait s’explique par l’adaptation de chacune à une espèce hôte différente. Après la pariade, la femelle se met à la recherche de nids de passereaux en voie de construction. La vue de l’un d’entre eux provoque l’ovulation à des intervalles d’environ 48 heures. La ponte normale d’une femelle, de mi-mai à début juillet, comprend normalement 12 à 18 œufs, parfois même 26 soit quatre à cinq fois plus que celle des hôtes.
Un seul œuf est déposé par nid toujours parmi des pontes incomplètes ou fraîches. Il a été vérifié que dans le cas de nids d’hôte à ouverture étroite (troglodyte ...) la femelle pond à terre et transporte l’œuf dans le nid avec son bec. La condition primordiale de la réussite de l’opération est que la ponte ait lieu en l’absence des hôtes car la femelle de coucou doit passer complètement inaperçue pour que l’œuf soit adopté, sinon, si elle est surprise, elle est chassée comme le serait un rapace et il y a abandon possible du nid avec mise en chantier d’un autre.
Chaque femelle ne pond que des œufs d’un seul type, ressemblant à ceux de l’espèce par laquelle elle a été élevée, les caractères chromatiques des œufs seraient ainsi héréditaires . Le coucou d’Europe parasite quelques 125 espèces d’oiseaux. A noter que si la ponte moyenne est de 3 à 6 œufs par saison pour des oiseaux de cette taille, ce sont 12 à 18 œufs que pondent les femelles de coucous. Ceci permet de compasser le nombre d’échecs de reproduction qui se reproduisent et de maintenir valablement la survivance de l’espèce.
L’aspect et la taille des œufs du coucou sont très variables résultant le plus souvent d’une adaptation sélective aux œufs de l’hôte : a = Rousserole turdoïde – b = Bergeronnette printanière – c = Pie grièche écorcheur - d = Rouge queue à front blanc
Ces œufs de coucou sont un peu plus grands que ceux de l’hôte et diverge par leur forme ovale plus large. Ilspossèdent une coquille plus résistante et plus épaisse que celle des hôtes, ainsi un œuf de fauvette se casse sous le poids de 9,5 kg alors qu’un œuf de coucou résiste même à une charge variant entre 13,7 et 17,6 kg.
Œuf de Coucou gris (23x17mm) avec œufs de Rousserolle effarvatte (18x14mm)
Si le stratagème du coucou n’est pas remarqué, l’œuf est adopté et incubé avec la ponte normale de l’hôte.
Le développement de l’œuf du coucou est très rapide ne dépassant jamais 12 jours et demi alors que 13 à
14 jours sont nécessaires pour les œufs de l’hôte.
Les coucous sont des nidicoles qui éclosent à l’état de véritables embryons, nus, les yeux fermés, les
membres postérieurs peu développés ; ce sont des oisillons incapables de voler. Tout est sacrifié au
profit du système digestif très différencié et efficace, l’oisillon étant une machine à transformer les
aliments et à assurer une croissance très rapide : le jeune coucou multiplie son poids de naissance par
trente.
On peut opposer le comportement des oisillons nidifuges, bons marcheurs et bons nageurs tels
gallinacés, grues, limicoles, grèbes, oies et canards qui naissent à l’état de véritables petits oiseaux,
couverts de duvet, les membres bien développés et les yeux ouverts ; ils sont rapidement capables de
marcher, de suivre leurs parents ou de nager de façon alerte.
Le jeune coucou éclot donc le premier. Il témoigne au bout d’une dizaine d’heures après l’éclosion d’une
sensibilité épidermique très vive au niveau du dos, elle va persister pendant trois jours au moins .
Par pur réflexe, le jeune coucou a tendance à se débarrasser de tout ce qui rentre en contact avec son
dos et en particulier les œufs ou les jeunes oiseaux dont il partage le nid
Seul au nid, le jeune coucou bénéficie de la totalité des apports de nourritures des hôtes. Pesant trois grammes
à l’éclosion, il atteindra quatre vingt dix grammes à l’envol ce qui représente le poids d’une nichée complète (Rouge queue = 93 grammes – Bergeronnette grise = 110 grammes)
A douze jours, les plumes sortent des fourreaux ; à vingt/vingt trois jours, le coucou se lève s’exerce
au vol et quitte le nid devenu trop petit et en piteux état. Il reste dans les environ toujours nourri appelant
de ses cris persistants. Trois semaines après sa sortie du nid, il pourra se nourrir lui-même, se séparant de
ses parents adoptifs.
Le coucou est essentiellement insectivore, hors vers et limaces, appréciant particulièrement les chenilles velues
dédaignées des autres oiseaux en raison de leur toison urticante (processionnaires en particulier). Les autopsies
montrent que les poils se plantent dans la membrane stomacale de l’oiseau lui donnant l’aspect d’une fourrure ;
des surfaces de la muqueuse sont régurgitées.
Jeune coucou gris et hôte Rousserolle effarvatte
Coucou juvénile
Entre temps, le chant a cessé de se faire entendre dans la seconde quinzaine de juin. Rien ne retient plus
les adultes qui s’en vont la plupart en juillet. Les jeunes d’abord très vagabonds quittent le pays en août
et début septembre par une migration le plus souvent nocturne.
Les quartiers d’hiver principaux s’étendent sur l’Afrique méridionale et orientale plus un hivernage
restreint en Afrique tropicale occidentale. Au retour printanier, les premiers chants sont signalés en
Europe dans la seconde quinzaine de mars.
Chants du Coucou gris et de ses principaux hôtes
en Roumanie, France et Belgique
* Coucou gris : Chant d’un mâle,autres chants et cris de mâles excités –
Trille de la femelle (Chant en début d’article)
* Troglodyte mignon : Chant de mâles, cris et alarmes.
* Rouge-gorge familier : Chant d’un mâle alarmes et cris.
* Rousserolle effarvatte : Chants de mâles (avec imitation) et cris.
* Rousserolle turdoïde : (Pas en Belgique) Chants de mâles et cris.
* Phagmite des joncs : Chants de mâles et cris.
*Accenteur mouchet : Chants de mâles et cris.
*Pipit farlouse : Phases de chant courtes au posé, puis longues en vol.
*Bergeronnette grise : Chant d’un mâle et cris.
*Bergeronnette printanière : Chants de plusieurs mâles.
(Extraits du " COFFRET ORNITHO SITTELLE "-
(http://www.sittelle.com)
André Boussard
Bibliographie :
"Les passereaux d’Europe" de Paul Géroudet (Delachaux & Niestlé)
"L’étymologie des noms d’oiseaux" de Pierre Cabard et Bernard Chauvet (Ed.Belin)
"La vie des Oiseaux" de Jean Dorst (Ed. Rencontres Lausanne)
"Le Monde animal" “Les cuculiformes” de Wilhelm Meise (Ed. Stauffacher Zurich)




