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Avifaune de FRANCE par André Boussard (+ dix espèces Europe)

Bihoreau gris,Héron garde-boeufs & Crabier chevelu.

"Bihoreau gris” “Héron garde-bœufs” “Crabier chevelu”
(Nycticorax nycticorax) (Bubulcus ibis) (Ardeola ralloides)

Bihoreau gris - Crabier chevelu - Héron garde-bœufs

(Aquarelles de Paul Barruel – Illustrateur des œuvres de Paul Géroudet)

(Guide ornitho –Delachaux & Niestlé)
Tous les trois sont de la famille des ardeidés comme les oiseaux précédemment évoqués :
Butor étoilé, Blongios nain, Héron pourpré, Grande aigrette et comme le sont Héron cendré et Aigrette garzette.

BIHOREAU GRIS (Nycticorax nycticorax)

Nycticorax du grec nuktos (nuit) et korax (corbeau) et du mot nuctitorax (corbeau de la nuit). En anglais, il est “night heron”, le héron de la nuit.
Bihoreau est une déformation probable de buhoreau terme employé au XIVème siècle ; l’origine en serait dérivée de “bior”(dans le sens de butor) mot e l’ouest utilisé au XVème siècle, le rapprochement avec le butor pouvant s’expliquer par l’intensité de ses croassements nocturnes.

En néerlandais, on le nomme kwak, autre onomatopée de son cri. Son nom portugais “goraz” est aussi une onomatopée qui a peut-être subi les influences croisées de korax et de vorax (vorace) en portugais.

Gris se rapporte à ses ailes grises. Mentionnons le joli nom de cet oiseau en Louisiane “gros bec à gilet” .

Courtaud et bas sur pattes, la grosse tête au bec épais sortant des épaules comme si le cou n’existait pas, il est une silhouette caractéristique. Pendant la journée, de tempérament flegmatique, aimant la pénombre, il préfère somnoler à l’abri des feuillages touffus des arbres, des grands buissons où son immobilité lui permet de passer inaperçu. C’est vers la fin de l’après midi qu’il s’anime et part à la pêche, interrompue en milieu de nuit pour reprendre aux premières lueurs matinales avant qu’il regagne son refuge diurne.

C’est au crépuscule et surtout en vol que le “corbeau de nuit” se signale par ses croassements graves et sonores : “mouack ... houak ... couvack ..” le plus souvent détachés.

L’affût s’effectue les pieds dans une eau peu profonde – 10 à 15 cm ; ses jambes étant courtes, il s’avance au point de se mouiller le ventre- on pourrait croire qu’il flotte-. Son faible rayon d’action limite le poisson au tiers de son régime. Les amphibiens, grenouilles et têtards constituent une ressource importante ainsi qu’insectes et larves. Il peut capturer aussi reptiles, micromammifères, crustacés, sangsues...Dans les héronnières certains sont des prédateurs efficaces sur les tout jeunes poussins.

Il ignore les champs, les prairies et autres terrains plus ou moins secs.L’existence d’une colonie qui peut compter dizaines ou centaines de couples,suppose le voisinage de milieux humides d’une certaine diversité, comme c’est le cas dans les deltas (Camargue, Danube, Quadalquivir).

Le mâle choisit l’emplacement du nid, édifice de branchettes sèches avec garnitures internes moins grossière, de 30 à 40 cm, placé entre deux et cinq mètres de hauteur.Tandis qu’il en assemble les éléments, il appelle une compagne. Selon Lorentz, il stationne jour et nuit sur le site et s’y livre à une sorte de danse : ailes pendantes, dos vouté et tête basse, il se balance un pied sur l’autre ; de temps à autre, dans une projection soudaine de la tête et du cou il exhale un chuintement bas. Dès qu’un autre Bihoreau s’approche,
l’intensité de l’étrange cérémonie augmente d’un coup, mais se mue en défense du territoire, le sexe de l’arrivant n’étant pas reconnu.

Cette réaction d’hostilité primaire doit être progressivement désarmée par la femelle qui s’intéresse à ce canton. Peu à peu elle l’accoutume à sa proximité, jusqu’à être admise à son côté. Le rituel d’apaisement lui permet de franchir le pas décisif : elle tend en avant la tête et le cou hérissés, abaisse le bec et présente ainsi sa calotte noire dominée par l’érection des trois filets blancs de sa huppe. Le mâle ayant répondu de même, l’union est conclue, les oiseaux se caressent mutuellement le plumage en émettant des va – va - va – va ... gutturaux. Dès lors tous les deux se tiennent ensemble, s’accouplent et se mettent à construire activement.

Ces préliminaires peuvent durer deux semaines, pendant lesquelles les jambes se teintent de rougeâtre, et les lorums de bleu sombre, coloration temporaire qui s’atténue après la ponte.

Au bout de trois semaines d’incubation, les éclosions vont s’échelonner sur huit à dix jours.
A l’âge de trois à quatre semaines, les jeunes quittent spontanément le nid pour se promener sur les rameaux voisins. Au moment où ils commencent à voler, âgés de six semaines, ces jeunes en plumage brun se tiennent donc dans le haut des branches. A deux mois, en juin ou en juillet, ils sont plus ou moins indépendants et les nourrissages sur le nid cessent à mesure que le site est déserté.

La migration vers le sud se déroule d’août en octobre ; les hivernants séjournent au sud du Sahara dans les bassins des grands fleuves d’Afrique tropicale. La migration printanière débute assez tôt pour que les premiers apparaissent dans la dernière décade de mars. Le maximum est vers mi-avril et les arrivées et passages s’échelonnent jusqu’à fin mai.

HERON GARDE-BŒUFS (bubulcus ibis)

Bubulcus veut dire, en latin, bouvier, vacher, donc garde bœufs ; même idée en anglais, allemand, espagnol. L’emploi d’ibis est difficile à justifier, en dehors de la couleur blanche commune à l’Ibis sacré et au Garde-bœufs. Il est possible que Linné, qui est à l ‘origine du nom au XVème siècle, ait été influencé par un
explorateur persuadé que la Garde-bœufs était l’Ibis sacré des anciens Egyptiens.
Linné avait nommé cette espèce ardea ibis.

Sans doute est-ce au contact de la grande faune africaine et en des temps très anciens que s’est développée l’association de ce petits hérons avec les mammifères herbivores.
Son activité est strictement diurne. Le soir, les groupes disséminés s’envolent pour gagner le site du repos nocturne. Un tel foyer peut réunir des milliers d’oiseaux qui se dispersent jusqu’à 30 à 60 kilomètres de distance pendant la journée.

La quête de nourriture s’effectue en grande partie à terre et s’intéressé à toutes les bestioles que les grands mammifères dérangent en pâturant. Les Gardes-bœufs suivent aussi la charrue du laboureur. Leur régime alimentaire se compose essentiellement d’insectes avant tout : tels sauterelles, orthoptères mais aussi coléoptères, lépidoptères, mouches, taons, tiques gorgées de sang, vers de terre, grenouilles, lézards, voire petits mammifères.

Le domaine d’une population qui peut représenter plusieurs centaines ou milliers d’individus comprend deux éléments essentiels :
 une vaste région riche en pâtures et en troupeaux (bovidés, chevaux, capridés, ovins) parsemée de cultures et souvent de marais,
 un espace relativement sûr pour le repos de la nuit (boqueteaux – massifs de buissons élevés ou de roseaux de préférence dans un marais ou à proximité de l’eau.

Garde-bœufs juvéniles
En certains cas, le gîte nocturne est aussi le site de nidification ; il peut être dans un maquis de bruyère, des ronces mais aussi sur des chênes lièges, des saules, aulnes ou peupliers. Pendant les dix / vingt jours précédant les pontes, les jambes, le bec, les lorums et l’iris des nicheurs deviennent rouge puis virent au jaune ou rose durant l’incubation. Dans la plupart des cas, les jambes retournent au gris avant l’éclosion. Ces changements s’expliquent par un afflux de sang sous influence hormonale.

Dès qu’ils volent bien, vers fin juin début juillet en Europe, les jeunes se joignent aux allées et venues quotidiennes. Après la reproduction, il y a constitution de nouveaux dortoirs mais en demeurant dans la région. Par ailleurs, on a constaté que cette espèce animale a été globalement capable de s’adapter de s’intégrer sur la marge des croissances humaines d’où une progression ces dernières années de la présence sur des territoires nouveaux (extension des zones à troupeaux – relations pacifiques avec l’homme – stimulation biologique des pionniers avec deux nichées possibles – et mortalité faible.

CRABIER CHEVELU (Ardeola ralloides)

Ardeola du latin “ardea” et du suffixe diminutif “ole” (petit) pour désigner un petit héron. Ralloides du bas latin ralus (râle) et de rasicularer = râler appliqué par métaphore à divers bruits respiratoires, en rapport avec son croassement rauque. D’ailleurs en allemand c’est Rallenreiher = le héron râle.

Crabier à rapprocher de l’espagnol garcilla cangrejera = le héron qui pêche des écrevisses. Son nom portugais est étrange “papa-ratos”, papa ne voulant pas dire père mais venant de papar = manger, donc mange-rats.

Chevelu se rapporte à sa longue huppe retombant sur le cou. En italien il est “sgarza ciufetto” = la garzette huppée.

“La fréquence remarquable de cette espèce dans le delta du Danube m’a frappée comme en d’autres sites marécageux du sud est de l’Europe, en comparaison de sa présence clairsemée plus à l’ouest” écrit Paul Géroudet .

Intermédiaire par la taille entre le Blongios nain et l’Aigrette garzette ou le Garde bœuf, le Crabier chevelu se distingue en tous les temps du premier par ses ailes blanches, des deux autres par son aspect jaune ocre et par son bec bicolore verdâtre ou bleu à pointe noire.

Pour l’observateur, le trait dominant de l’espèce est sa discrétion. C’et surtout aux premières heures du matin et au crépuscule que ce héron s’anime tandis qu’il n’est guère actif au milieu de la journée et pas du tout, semble-t-il, durant la nuit. Sans chercher vraiment à se cacher, il aime le demi-couvert en lisière des buissons et des roseaux ; il se faufile volontiers entre les herbes qui le dissimulent à moitié, mais il fréquente aussi des lieux tout à fait dégagés.

Même dans les régions orientales où il abonde, le héron crabier se montre individualiste. Les oiseaux s’espacent pour pêcher, chacun s’envolant de son côté ; les groupements sont fortuits et sans cohésion. Il est peu farouche.

Le fond de la nourriture consiste en petites proies happées en eau peu profonde ou à terre, principalement insectes, batraciens et poissons. Son habitat est en climat estival chaud et relativement sec. Il fréquente marais, mares et prairies inondées, rives des étangs mais les phragmitaies ne sont exploitées qu’en lisières
et dans leurs éclaircies. Il a une prédilection pour les nappes de nénuphars à grandes feuilles.

Les crabiers nicheurs s’installent d’habitude avec un certain retard dans des héronnières déjà peuplées ; l’association la plus fréquent s’observe avec le Héron bihoreau et l’Aigrette garzette, localement avec le Garde bœuf, le Héron pourpré ou l’Ibis falcinelle ... On pourra voir des centaines de nids dans le delta du Danube.

Les parades sont de courtes durées avant la ponte : les oiseaux abaissent le bec en déployant “leur chevelure” soulèvent les fines plumes rousses et dorées de leur manteau, gonflent celles du cou ... En général, le nid est établi entre deux et cinq mètres de hauteur,sur une branche à l’intérieur des ramures. De la ponte à la sortie
des jeunes s’écoulent à peu près huit semaines, aussi sont-ils encore au nid en juillet parfois jusqu’à fin août.

La migration se fera en septembre pour le gros des populations. Des oiseaux bagués dans la plaine du Danube ont été repris en Dalmatie, Italie, Sicile, à Malte en Tunisie, au Nigeria et au Cameroun . Le retour aux colonies se fera vers fin avril début mai.

CHANTS & CRIS

Natthäger
CD1 Lommar - Rostand/Fåglarnas Sång Och Läten

BIHOREAU GRIS :Cris dans la colonie ( avec Rousserolle effarvatte), cris de vol et cris de jeunes au nid.

Rallhäger
CD1 Lommar - Rostand/Fåglarnas Sång Och Läten

CRABIER CHEVELU : Cris de vol et de jeunes au nid.

Kohäger
CD1 Lommar - Rostand/Fåglarnas Sång Och Läten

HERON GARDE-BOEUFS : Divers cris d’une colonie(avec Aigrettes garzettes) et jeunes au nid.

Bibliographie :

"Grands échassiers-Gallinacés-Râles d’Europe" de Paul Géroudet
(Delachaux & Niestlé
"L’étymologie des noms d’oiseaux" de Pierre Cabard et Bernard Chauvet