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Qui est "Le Canard des torrents" ?

Quel est l’oiseau,dans le Paléarctique occidental, que l’on appelle "LE CANARD des TORRENTS" ?

Bravo Jérome, Bruno, Daniel,Sylvie, Paul, Alex et Philippe pour la bonne
réponse. On pouvait penser au Cincle plongeur qui apprécie le même biotope
comme l’a fait André, mais lui n’est pas un canard, on l’appelle "Merle des
rivières"
Avec raison, Alain,Georges, Danielle, et Stanislas ont proposé la
"Merganette des torrents" (Merganetta armata -Pato de torrentes) appelée
"Merganette du Chili" mais cet oiseau ne niche pas dans le paléarctique
occidental (comme ils l’ont précisé).

Aquarelle de Jean Chevallier
En islandais, ce "Canard des torrents"s’appelle "Straumönd" dont c’est la
traduction littérale.
En français c’est l’ancien "Garrot arlequin" appelé aujourd’hui ARLEQUIN
PLONGEUR - Histrionicus histrionicus -Harlequin duck (GB) -
Son nom scientifique vient du latin "histria" ( histrion), le mime , le clown,
lequel est généralement habillé de façon bizarre avec des couleurs variées.
Ce canard mâle est couvert de bariolages sur la tête, le cou, et la poitrine
d’où son nom.De même pour "arlequin",personnage bien connu de la comédie
italienne au costume rapiécé multicolore.Aux Etats-Unis on l’appelle "sea
mouse" (souris de mer" ou "squeaker"(couineur) en raison des cris aigus du
mâle pendant la parade.

En Europe, l’Arlequin plongeur ne niche qu’en Islande.Sa population est
estimée à 2000/3000 couples.Durant l’hiver, l’Arlequin reste en mer.En avril les
adultes se rassemblent dans les fjords et les baies à l’embouchure des rivières.
De fin avril à fin mai,ils remontent nonchalamment les rivières dégelées tantôt
nageant tantôt volant au ras des flots.

Cette remontée correspond à celle des saumons (Salmo salar).Les lieux de
reproduction du saumon et de l’arlequin coïncident ce qui laisse à penser
que canetons et alevins consomment la même nourriture.
Il est curieux de constater que ces oiseaux suivent toujours les cours d’eau
pour gagner les lieux de reproduction au lieu de couper au plus court par
l’intérieur des terres.

L’Arlequin plongeur se trouve dans les nombreux courants d’eau rapides de
l’ile.Les failles volcaniques alimentées par des cascades sont avec les
embouchures des fleuves ses endroits de prédilection
On peut le trouver en couple mais aussi en groupes jusqu’à plusieurs dizaines
d’individus (à notre expérience) paisibles qui font leur toilette juchés sur
d’accueillants rochers ou de grosses mottes de végétation de rives

Ils s’en laissent tomber,cherchent leur nourriture en nageant souvent à contre
courant,comme le font chez nous les Cingles plongeurs
Les pontes de Arlequins plongeurs représentent de six à sept oeufs.Il est
possible d’en trouver davantage,deux femelles pouvant utiliser le même nid.
Seule la femelle couve après le dernier oeuf pondu.C’est le moment choisi
par le mâle pour partir en mer où il va muer dans son plumage d’éclipse.

Les éclosions sont synchrones en l’espace de 24 h.Dès que les canetons sont
secs,la cane les conduit dans un endroit calme ou un bras mort de la rivière.
Après les premiers jours,les jeunes se débrouillent seuls,la mère ne les
surveillant pratiquement plus.

En environ cinquante jours,ils vont avoir leur plumage de vol.Si les
Arlequins plongeurs ne nichent qu’en Islande,des égarés ne se rencontrent
strictement que dans les îles britanniques et dans la mer Baltique
(oiseaux originaires de Sibérie)

Extrait du "Bloc Notes" de Michèle Corsange :

"Il s’agit bien de ce beau canard plongeur que mon vieux Peterson
désignait sous le nom de Garrot arlequin. L’oiseau est toujours le même.
Pourquoi ce changement de nom ? S’imposait-il ? Au fond je m’en moque,
fort heureusement, les noms scientifiques restent à l’abri des modes et
demeurent.
Cet oiseau aussi je l’attendais avec une belle impatience ! En feuilletant
mon Album Ornitho, j’ai souvent rêvé devant cet étrange canard dont le
nom latin dit bien le côté clownesque.

Les Islandais ont plus de respect pour ce bel Arlequin, ils l’appellent Straumönd,
littéralement le canard des torrents, et c’est bien là, dans les eaux glacées et
tumultueuses des torrents qu’il faut le chercher.
Notre premier Arlequin plongeur nous l’avons trouvé par surprise. Nous avions
voulu aller à þingvellir, ancien site du Parlement islandais,l’Alþing. Une longue
fissure parallèle à la direction du Rift orientée Sud-Ouest - Nord-Est borde la
plaine où se tenaient autrefois les doctes assemblées. Imaginez une haute muraille
de basalte, une chaussée pour géants, au pied de laquelle coule une rivière aux
eaux claires et limpides parmi les rochers, l’Oxará.

C’est André qui dans sa rage de vouloir tout photographier a débusqué
l’oiseau rare. Quand on cherche, on trouve.Un magnifique couple
d’Arlequins plongeurs se laisse aller au fil de l’eau
mais curieusement à contre-courant ! "Les Arlequins plongeurs se
comportent comme les Cincles plongeurs" m’explique Amilcar.

Dire la beauté du plumage de ce canard est difficile mais j’ai compris le
goût des Islandais pour des couleurs marron-rouge, des gris-bleu aciers,
ce sont les couleurs du mâle d’Arlequin. La femelle, comme toujours chez
les canards, est plus terne,brunâtre avec des taches blanches sur la joue,
à l’arrière de l’oeil et au-dessus des lores. Le couple navigue parmi les
îlots d’herbes, plonge,disparaît et nous le revoyons un peu plus haut près
d’un couple de Harles huppés.
Dans les fjords de l’Ouest nous avons vu d’autres Arlequins mais c’est dans
le Nord de l’Islande sur l’Öxnadasá en allant sur Akureyri que nous en avons
vu le plus, nous avons pu en dénombrer 76 ! "

Photos : Daniel Mauras - Alain Jouffray - André Boussard -

Bibliographie :

"Les Oiseaux d’Islande" de Michel Breuil
"Etymologie des noms d’Oiseaux" de Pierre Cabard et Bernard Chauvet -
Ed. Belin

André Boussard