Grands noms d’ornithos
Des noms propres de personnes, latinisés, sont utilisés dans la nomenclature scientifique des oiseaux du Paléarctique occidental, ainsi que dans les nomenclatures française et étrangère, ou dans les deux à la fois.
La plupart de ces noms ont été attribués à la fin du XVIIème siècle et au cours du XIXème.
Leur nombre était bien plus important au début de XXème siècle. La survivance des noms actuels a souvent été due au hasard.
Ces noms de personnes sont, en général, ceux de naturalistes, zoologistes, botanistes ou collectionneurs d’oiseaux .Dans ce cas, il s’agit le plus souvent de celui qui a découvert l’espèce (ou l’a décrite succintement ou encore dessinée pour la première fois) et dont le nom a été proposé par un collègue, ou dont la renommée était telle qu’on a conservé l’habitude de l’associer à l’oiseau .Parfois ce nom a disparu de la nomenclature scientifique mais persiste dans les noms actuels.
Sont présentés sur ce site, et d’autres le seront sur le forum :
* ARISTOTE ( 384-322 avant J.C.)
* Pierre BELON ( 1517-1565)
* Francesco CETTI ( 1726-1778)
* Franco Andréa BONELLI ( 1784-1830)
* Jean - Jacques AUDUBON ( 1785-1851)
Bibliographie " L’Etymologie des noms d’oiseaux" de Pierre Cabard et Bernard Chauvet (Ed. Belin)
ARISTOTE
(384 à 322 avant J.C.)
Phalacrocorax aristotelis - Cormoran huppé
Aristote dont le nom signifie "le meilleur" (cf aristocratie) nait en 384 avant J.C. en Macédoine d’un père médecin du roi. Il se lia d’amitié avec l’un des fils du roi, Philippe. Ce dernier devenu roi, nomma en -343 Aristote précepteur du futur Alexandre le Grand, alors âgé de treize ans.
Ce dernier se lance en - 336 dans une grande conquête de l’Asie. Cela déplait à Aristote qui se fixe à Athènes où il fonde la célèbre école du Lycée, qui tire son nom d’un gymnase proche dédié à Apollon.
Aristote a écrit cinquante livres de Zoologie. Il y décrit cent quarante espèces d’oiseaux - avec quelques insuffisances de précision - Si nombre de ses notes
sont erronées, il a eu, au moins le mérite d’avoir été le premier à se pencher sur le sujet.
Une classification des oiseaux avait été entreprise par Aristote ; Linné a poursuivi son oeuvre et il n’est pas étonnant qu’il ait choisi d’honorer celui qui demeure le père de la zoologie, en lui dédiant, en 1771, le Cormoran huppé qui est un oiseau très présent en Grèce et il figurait en bonne place dans la classification.
"Phalakrocorax" cité par Pline, vient de korax = corbeau et de phalakos = chauve, peut-être par allusion à la sous-espèce Palacocorax carbo sinensis qui a la tête blanche en nuptial.
"Cormoran" en vieux français est composé de "corp" = corbeau et de "marenc" = de mer.
Bibliographie :
– " Etymologie des noms d’oiseaux" de Pierre Cabard & Bernard Chauvet -Ed. Belin
* Tableau de Raphaël (1511) - "L’Ecole d’Athènes" - (Musée du Vatican) -
Représente vingt-et-une figures majeures de la pensée antique.
PIERRE BELON
(1517 - 1564)
Tadorna tadorna - Tadorne de Belon
Considéré comme le premier ornithologue français, (né dans la Sarthe), apothicaire, médecin, il fut en raison de ses contacts avec l’Europe scientifique de l’époque, un encyclopédiste avant la lettre et l’un des premiers explorateurs naturalistes. Il fut le premier à tenter un classement des oiseaux, distinguant les rapaces,les oiseaux des champs, les oiseaux diurnes et nocturnes, les oiseaux d’eau etc...tenant compte de leur mode de vie et de leur habitat.
Il est aussi un pionnier de l’embryologie (étude d’un embryon de marsouin).On lui doit l’introduction du cèdre du Liban et du platane en Europe occidentale : Il créa ce que l’on peut considérer comme le premier jardin d’acclimatation au château de Touvoie, résidence de René du Bellay dans la Sarthe.
C’est le fondateur de l’anatomie comparée en publiant cette comparaison entre les squelettes d’homme et d’oiseau.
.Il note que "les os de l’oiseau et de l’homme sont quasi correspondants les uns aux autres non seulement dans leur forme générale mais dans leurs "éminences, cavités et rondeurs". La plupart de ces relations sont correctes, au regard de nos connaissances actuelles ; les seules inexactitudes concernent la terminologie ("fourchette" correspondant à "bréchet") car sur les planches proposées, il y a bien correspondance entre le sternum des oiseaux et celui de l’homme.(désigné par la lettre o)
Comparaison des squelettes Homme-Oiseau"
"Histoire de la nature des Oyseaux" avec leur description et naïfs portraicts retirez du naturel
escrite en sept livres...(1555)
Parmi quelque 200 espèces décrites avec un réel souci d’exactitude dans la description, se trouve ce qui allait devenir "son" Tadorne. Dans Rabelais, Gargantua en 1535, on trouve déjà tadorne (espèce de canard) qui allait devenir "son" Tadorne.
Le nom italien "volpoca", proche du nom du renard (volpe) rappelle que ces oiseaux utilisent souvent des terriers abandonnés de mammifères pour nicher spécialement de lapin et de renard aussi visible que le mâle ne peut guère compter sur la dissimulation visuelle, habituelle dans la plupart des autres espèces de canards.L’un de ses vieux noms français était "canard-lapin"
La couleur rousse de sa poitrine a certainement été aussi un élément déterminant pour lui attribuer ce nom de renard, qui lui a valu de porter le nom scientifique de Tadorna vulpanser, formé du latin vulpes = renard et de anser, nom latin de l’oie.
Cet oiseau se rapproche davantage des Oies (surtout de l’Ouette d’Egypte) que des Canards de surface.Il passe beaucoup de temps à terre, se déplace aisément sur ses pattes mais son régime de mollusques, moules, coques, crustacés et autres crevettes, tend à être moins herbivore que celui des oies..Il apprécie les littoraux maritimes.
Deux singularités :
– Son nid est rarement à l’air libre
L’ étude de 100 nids, faite en Angleterre, indique qu’il n’y en a que trois à l’air libre pour vingt sept dans des terriers de lapins, vingt trois sous des bâtiments, vingt huit dans des tas de foin ou de paille (jusqu’à huit mètres de haut), vingt neuf dans des trous d’arbre (dont quinze au dessus du sol - jusqu’à cinq mètres
– Le tadorne effectue une "migration de mue"
En cela, il n’est pas le seul car la Sarcelle d’hiver, la Macreuse noire et l’Eider à duvet, le font également. De même, des cols-verts, des chipeaux, des souchets, des pilets et des siffleurs nichant dans le nord de l’Europe et de l’Asie se retrouvent en troupes innombrables, dans l’embouchure de la Volga où ils muent à l’abri sur ces plans d’eau peu accessibles aux prédateurs.
La période d’incapacité de voler dure, entre début juillet et mi-octobre, de vingt cinq à trente et un jours.
.La direction suivie par le déplacement est différente de la migration d’automne, une partie de la population n’y participe pas -la plupart des femelles adultes- , les sites de mue sont bien localisés, stables avec des rassemblements d’oiseaux très denses.
Pour le paléarctique occidental, la migration de mue concerne les Tadornes de Grande Bretagne, Irlande, Pays Bas, France, Danemark, Scandinavie, Allemagne, Pologne et Pays baltes.
Les oiseaux longent les côtes ou survolent les terres en suivant les vallées pour se diriger vers les côtes allemandes de la Mer du Nord (Mer de Wadden).Pendant longtemps, ils ont mué sur le Grosser Knechtsand, vaste banc de sable et de vase de 302 km², à l’embouchure Elbe/Weser.Depuis 1990, le stationnement s’est décalé vers l’est, à coté des iles de Neuwerk et Trischen.
Ces sites sont favorables car les différences du niveau des marées y sont faibles.Un autre petit site se trouve au sud-ouest de l’Angleterre.Le départ des sites de mue a lieu d’octobre à novembre pour entreprendre la migration (la presque totalité des oiseaux) vers l’Angleterre,l’Irlande, les Pays bas et la France.
La totalité des oiseaux présents en Europe représenterait environ trois cent mille individus.
Bibliographie :
"L’étymologie des noms d’oiseaux" de Pierre Cabard et Bernard Chauvet -Ed. Belin
Travaux de Stéphane Schmitt -CNRS - UMR - Bibliothèque de Médecine de Paris.
FRANCESCO CETTI
(1726 - 1778)
Cettia cetti - Bouscarle de Cetti
Francesco Cetti était un jésuite mathématicien italien du XVIIIème siècle, passionné d’histoire naturelle. En poste en Sardaigne, il arpenta forêts et montagnes, en observant les animaux et en récoltant les fossiles. Il consacra aux oiseaux un volume de sa "Storia naturale della Sardegna" et on y trouve une description de la Bouscarle.
C’est en 1820 qu’Alberto della Marmora qui avait poursuivi les travaux de Cetti en Sardaigne, lui dédicacera cet oiseau dans les "Mémoires de l’Académie de Sciences de Turin" et l’appelation fut confirmée par Temmink sous le nom de Sylvia Cetti.
Mâle ? Femelle ?
La Bouscarle de Cetti est un petit passereau au chant éclatant très présent dans les buissons mais en même temps très discret ; on l’entend souvent mais on le voit rarement.
Son nom "Bouscarle" vient du provençal bouscarlo qui désigne un genre d’oiseau aimant les bois et les fourrés (les bosquets).Comme l’indiquent les noms voisins bouscarrasso (futaie, fourré), bouscareto (petite forêt) et bouscareu (le forestier).
En allemand, la Bouscarle est le "chanteur des roseaux soyeux" = Seidenrohrsänger, en italien, "le rossignol du fleuve"= Usignolo di fiume
En espagnol, elle est le "rossignol bâtard = Ruisenor bastardo, car si elle a la
même couleur rousse que le rossignol, elle n’en a ni la taille, ni le chant.
Curieusement, en espagnol, le mot "bouscarle" existe mais il s’agit de la
"Bouscarla pintoja" = Bouscarle tâchetée = la Locustelle tachetée, en effet, toutes les locustelles s’appellent "Bouscarla" et cette bouscarle a des taches sur
le corps.
Au Portugal, c’est au contraire un "rossignol brave" = Ruxinol bravo par allusion à la puissance et à la détermination de son chant.
De haut en bas :Cisticole des joncs (G) -Lusciniole à moustaches (D) -
BOUSCARLE de CETTI - Agrobate roux
Aquarelle de Paul Barruel illustrateur de Paul Géroudet
Paul Géroudet écrit : "qui l’ a entendue ne l’oublie guère et ne peut confondre sa voix avec aucune autre. C’est d’ailleurs le seul indice qui permette de la repérer, étant donné l’habilité diabolique dont elle use pour se soustraire à toute vue. Pour la plupart des observateurs, la Bouscarle n’est donc qu’un chant, un sifflet rageur qui surprend par sa soudaineté et sa violence".
L’auteur des photos jointes, Clément Caiveau, explique qu’ayant repéré un nid en construction, il a placé, en l’absence des oiseaux, un affût de toile. Il est venu plusieurs fois en espérant prendre des photos : ce fût en vain lors des apports de matériaux. Et il fallut le grand hasard de la venue d’une femelle Coucou (qui déposa son oeuf) pour que les deux oiseaux éxcités par cette présence, un instant immobilisés, se laissent photographier.
Mâle ? Femelle ?
Mâle et femelle sont identiques. Seule la mensuration des ailes permet de déterminer l’un (mâle = 58 à 66 mm) - ou l’autre (femelle = 54 à 60 mm)
l
Bibliographie :
" Etymologie des noms d’oiseaux" de Pierre Cabard & Bernard Chauvet -Ed. Belin
André Boussard
Franco Andréa Bonelli
(1784-1830)
Hieraaetus fasciatus - Aigle de Bonelli
Phylloscopus bonelli - Pouillot de Bonelli
C’est dans la vallée du Pô, ses parents résidant au nord de Turin, que le jeune Bonelli apprend à chasser les oiseaux et d’autres animaux, à préparer des spécimens, à organiser une collection naturaliste.
Il se passionne ensuite pour l’entomologie et publie en 1807 "Spécimens de la faune subalpine" puis "Observations entomologiques sur les Scarabés".
Ces travaux attirent l’attention de Cuvier qui l’invite à Paris, où il bénéficiera de son enseignement et de celui
de Lamark (dont les idées sur l’évolution des espèces le séduisent).
En 1881,il est nommé professeur d’histoire naturelle à l’université de Turin avec la responsabilité des collections zoologiques.Il crée alors un véritable Musée de zoologie et publie "Catalogue des oiseaux du Piémont".
Grâce à ses contacts, il reçoit en 1815 une fauvette tuée dans la région, qu’il envoie à Baillon. Ce dernier montre l’oiseau à Vieillot, qui le décrit en 1819 avec le nom de "Sylvia bonelli"(connue aujourd’hui sous le nom de Phylloscopus bonelli).
C’est le même Vieillot qui, en 1822, décrit sous de "Aquila fasciata" une nouvelle espèce d’aigle, en se basant sur un spécimen tué en forêt de Fontainebleau et sur un second que lui a envoyé Bonelli. C’est Temmink qui proposera plus tard que cet aigle porte le nom de Bonelli, car ce dernier avait transmis un spécimen de l’oiseau et s’était fait une excellente réputation dans le milieu naturaliste.
Bonelli qui vouait une grande admiration à "son "aigle, en garda un en captivité afin de suivre l’évolution de son plumage au cours du temps. Il publia en 1834 ses observations sur le sujet dans un article publié en français intitulé " Détermination et description des différences d’âge de l’Aigle Bonelli".
Curieusement, bien que Bonelli ait fait montre toute sa vie d’un grand intérêt pour l’ornithologie, il n’a que peu publié sur le sujet, contrairement à ca qui s’est passé avec ses travaux d’enthomologie. C’est ainsi que plusieurs espèces qu’il avaient découvertes ont été décrites par d’autres.
Il meurt à Turin en 1830, à l’âge de 46 ans.
John-James Audubon
Jean-Jacques Fougère
(1785 - 1851 )
Puffinus lherminieri - Puffin d’Audubon
Ecozone néarctique.










