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Bandeau_RAPACES.jpg

 ATTAQUE D'UN AIGLE ROYAL PAR UN GYPAÈTE BARBU DANS LES ALPES
 

Par André Boussard

Situation de la Haute Vallée de Nancroix, Haute-Savoie, où ont été vus par Yvon Toupin un Gypaète barbu poursuivant un Aigle royal subadulte
gypa_situ.gif
Le Gypaète barbu (Gypaetus barbatus) est un grand rapace devenu rare de plus de 2,60 m d'envergure, à la silhouette typique (longues ailes et grande queue en losange), et vivant dans certaines zones montagneuses d'Europe, d'Asie et d'Afrique. Il exploite les cadavres des grands mammifères après le passage des vautours, cassant les os pour en manger la moelle.
En France, l'espèce est très rare (environ 40 couples), et ne nichait plus dans les années 80 que dans les Pyrénées et en Corse. Elle avait disparu des Alpes au début du XXème siècle.
Le programme de réintroduction alpin qui a débuté en 1987 (14 oiseaux lâchés en Haute-Savoie de 1987 à 1992) est aujourd'hui un succès, et des nidifications ont eu lieu en Haute-Savoie.
Yvon Toupin a pu photographier en février 2005 dans la haute vallée de Nancroix, en bordure du Parc de la Vanoise, un Gypaète barbu poursuivant un Aigle royal (Aquila chrysaetos) subadulte qui s'était semble--t-il approché trop près de son aire.
André Boussard
(andre@oiseauxethologie.fr) nous propose une analyse de ce comportement intéressant, ainsi qu'une présentation du Gypaète barbu. Nous complétons ces informations par des données sur le programme de l'espèce dans les Alpes françaises.


Abstract

The Bearded Vulture Gypaetus barbatus) is a huge (wingspan > 2.60 m) and rare raptor which breeds in certain mountainous areas of Europe, Africa and Asia. It feeds on marrow of bones.
In France, this species is now very rare (around 40 pairs), localized only in the Pyrénées and in Corsica. At the end of the 80's, 14 birds were released in the North of the French Alps (a part of an European program), and this operation is now a success, with nesting pairs in Haute-Savoie.
In February 2005, Yvon Taupin has photographied (beautiful stills !) a Bearded Vulture attacking a subadult Golden Eagle, in the High Valley of Nancroix, near the Vanoise National Park.
André Boussard
(andre@oiseauxethologie.fr) proposes us an analysis of this beahviour and a presentation of the species. This article is also published on OiseauxEthologie.


Le Gypaète barbu (Gypaetus barbatus)

Identification

gypa_1_17.jpg
Gypaète barbu (Gypaetus barbatus) adulte, Haute Vallée de Nancroix (Haute-Savoie), février 2005
Photo : Yvon Toupin

Longueur : 100 - 115 cm.
Envergure : 266 - 282 cm.
Identification :
Très grand rapace aux ailes longues, étroites, pointues, avec une longue queue en losange.
L'adulte a le dessus noir, le dessous plus ou moins roussâtre ou crème, la tête est blanchâtre avec une bande oculaire noire et une touffe de plumes noires spécialisées (vibrisses) de chaque côté du bec.
L'immature est brun foncé et noirâtre avec des taches plus claires.
Les pattes sont emplumées jusqu'aux doigts.
Battements d'ailes fréquents, de faible amplitude.
Voix :
Cris de parade fins et aigus.
Habitat :
Zones montagneuses.

Un plumage d'adulte acquis en 5 ans

La livrée adulte est acquise progressivement à 5 ans. L'Union Européenne a publié dans le cadre du "Life - Gypa" des planches très pédagogiques dont nous reproduisons ici les dessins sur les différentes phases de plumage du Gypaète barbu. La création de ces documents a été initiée en Grèce sous l'égide de l'Hellenic Ornithological Society, du National History Museum of Crete, et de la Commission Européenne (Environnement). Les concepteurs sont Raphaël Hérédia et Antoni Margalida.

gypa_1a.jpg Juvénile 1ère année (phase 1.1)

Phase : 1.1
Description : juvénile 1ère année
Iris : marron à marron clair
Mue des plumes de vol : non
Tête : noire
Cou : noir
Silhouette : massive
Triangle sur le dos (V) : blanc
Coloration des couvertures sous-alaires : marron ou marron avec des plumes blanches

- Silhouette en vol massive ne présentant pas de mue (rémiges secondaires pointues). Ailes arrondies et larges. Queue courte, base en contact avec les rémiges secondaires.
- Tête et cou noirs, ventre marron.
- Haut du dos présentant généralement un écusson blanc en forme de V  très visible.
- Dos marron, couvertures marron parfois parsemées de plumes blanches.
- plumage du poitrail et tarses absent ou très peu visible.
- Barbe très petite.

Source : Raphaël Hérédia et Antoni Margalida / Programme européen Life-Gypa

gypa_1a_dess.jpg
gypa_2a_dess.jpg Juvénile 2ème année (phase 1.2)

Phase : 1.2
Description : juvénile 2ème année
Iris : blanc-jaune
Mue des plumes de vol : commence sur les rémiges primaires internes
Tête : noire
Cou : noir
Silhouette : massive
Triangle sur le dos (V) : blanc diffus
Coloration des couvertures sous-alaires : marron ou marron avec des plumes blanches

- Silhouette en vol encore massive présentant les premières mues sur les rémiges primaires internes.
- Tête et cou noirs formant un "capuchon" contrastant fortement avec le ventre marron.
- L'écusson dorsal commence à s'estomper.
- Dos marron, couvertures marron parfois parsemées de plumes blanches.
- plumage du poitrail moucheté, les tarses ne sont plus mouchetées.
- Commence la mue des rectrices.

Source : Raphaël Hérédia et Antoni Margalida / Programme européen Life-Gypa

gypa_2a.jpg
gypa_3a_dess.jpg Immature 3ème année (phase 2.1)

Phase : 2.1
Description : immature 3ème année
Iris : blanc-jaune
Mue des plumes de vol : rémiges secondaires
Tête : noire s'éclaircissant
Cou : noir
Silhouette : bord de fuite des ailes irrégulier
Triangle sur le dos (V) : non
Coloration des couvertures sous-alaires : marron-beige

- Silhouette en vol à l'aspect irrégulièrement dentelé (vieilles plumes pointues plus longues; nouvelles plumes arrondies, plus courtes), caractérisé par les premières mues des rémiges secondaires.
- Tête et cou noirs formant un "capuchon" contrastant fortement avec le ventre marron.
- L'écusson dorsal ne se distingue plus, la coloration du dos devient homogène.
- Dos marron, couvertures marron parfois parsemées de plumes blanches.
- La mue des rectrices continue.

Source : Raphaël Hérédia et Antoni Margalida / Programme européen Life-Gypa

gypa_3a.jpg
gypa_4a_dess.jpg Subadulte 4ème année (phase 2.2)

Phase : 2.2
Description : subadulte 4ème année
Iris : blanc-jaune
Mue des plumes de vol : variable
Tête : blanche ou rousse
Cou : noir
Silhouette : ailes longues et fines
Triangle sur le dos (V) : non
Coloration des couvertures sous-alaires : marron-beige

- Silhouette svelte et élancée comme celle de l'adulte, présentant souvent des mues bien visibles des rémiges priimaires externes. Ailes étroites et pointues, queue longue.
- Les plumes de la face sont blanches et le haut de la tête s'éclaircit (les plumes noires disparaissent progressivement). On peut observer la tache auriculaire. Le cou noir est encore visible (reste des plumes du 'capuchon" de l'immature).
- La coloration marron du dos est homogène, les couvertures peuvent être parsemées de plumes blanches.

Source : Raphaël Hérédia et Antoni Margalida / Programme européen Life-Gypa

gypa_4a.jpg
gypa_5a_dess.jpg Adulte imparfait de 5ème ou 6ème année (phase 2.3)

Phase : 2.3
Description : adulte imparfait de 5ème ou 6ème année
Iris : blanc-jaune
Mue des plumes de vol : variable
Tête : blanche ou rousse
Cou : blanc ou roux
Silhouette : ailes longues et fines
Triangle sur le dos (V) : non
Coloration des couvertures sous-alaires : noires avec des plumes marron

- Silhouette svelte et plumage bigarré mêlant des plumes marron aux plumes gris ardoisé de l'adulte.
- Quelques plumes sombres encore présentes au niveau du ventre et du cou.
- Présence d'un collier souvent plus large que chez l'adulte et parfois mal dessiné.
- Le dessous ne présente pas encore le contraste entre l'aspect noir des couvertures et le gris des rémiges.

Source : Raphaël Hérédia et Antoni Margalida / Programme européen Life-Gypa

gypa_5a.jpg
gypa_ad_dess.jpg Adulte de plus de 7 ans (phase 3)

Phase : 3
Description : adulte de plus de 7 ans
Iris : blanc-jaune
Mue des plumes de vol : variable
Tête : blanche ou rousse
Cou : blanc ou roux
Silhouette : ailes longues et fines
Triangle sur le dos (V) : non
Coloration des couvertures sous-alaires : noire

- Silhouette en vol svelte et élancée, ailes étroites et queue longue.
- La couleur de la tête varie du blanc à l'orange.
- Présence fréquente d'un collier fin à la poitrine plus ou moins fermé et marqué.
- Les plumes du dos sont gris ardoisé ou d'aspect noir, le contraste de leur rachis blanc est visible de près.
- Le dessous des ailes présente un contraste entre l'aspect noir des couvertures et le gris des rémiges.

Source : Raphaël Hérédia et Antoni Margalida / Programme européen Life-Gypa

gypa_ad.jpg

Comportement

Solitaire (en Europe).
Un couple n'élève avec succès, en moyenne, qu'un poussin tous les trois ans. Un tiers des jeunes atteindra l'âge adulte (7 ans). La vitalité de l'espèce repose sur sa longévité qui peut dépasser 30 ans.
Sédentaire à l'âge adulte, le gypaète construit son aire au cœur des falaises, avec des branchages garnis notamment de laine de mouton (source : L.P.O.)
Ses serres plu
tôt faibles ne lui confèrent pas la force des aigles mais
ne lui permettent pas non plus la marche aisée des Vautours.
On le classe dans les vautours en raison, entre autres, de son régime
alimentaire à prépondérance de charognes dont il apprécie ce qui reste après le passage des Vautours moine (Aegypius monachus) et fauve (Gyps fulvus), des Milans royaux (Milvus milvus) ou des Grands corbeaux (Corvus corax); ill s'intéresse, en effet, aux os d'une carcasse démantibulée ainsi qu'aux lambeaux de chair et de peau oubliés.
Son jabot très spacieux lui permet d'en ingurgiter de très gros sans
difficultés, ses sucs digestifs très corrosifs permettant la digestion.
On lui prête le lâcher sur les pierriers des os importants dont il va ensuite rechercher les fragments et la moelle.
En Grèce, la saisie de tortues terrestres dans les serres a été constatée,
il les laisse tomber de la même façon pour les disloquer. Le poète tragique Eschyle (5ème siècle avant-JC) s"était vu prédire qu'il mourrait sous une maison .... aussi avait-il décidé de vivre en plein air. Pline l'Ancien raconte que c'est la carapace (la "maison") d'une tortue, lâchée par un gypaète, qui mit fin à ses jours !

Ethologie : attaque d'un Aigle ... | La réintroduction dans les Alpes
     

La réintroduction dans les Alpes

Sources : www.gypaete-barbu.com, perso.wanadoo.fr/marie-christine.dehayes, www.wild.unizh.ch, www.lpo.fr.

Une espèce rare en France

Aire de répartion ancienne (en rouge) et actuelle (en jaune) du Gypaète barbu en Europe et Afrique du Nord. En orange, territoire recolonisé dans les Alpes après la réintroduction.
Sites des quatre lâchers points noirs) : 1) Mercantour (France), 2) Haute-Savoie (France), 3) Engadine (Suisse) et Stelvio (Italie), 4) Rauris (Autriche)
Schéma : Ornithomedia.com
gypa_repart.gif

Le Gypaète barbu a fait l'objet en France (et dans d'autres régions du monde) d'une campagne de destruction massive, qui l'a fait disparaître de nombreuses montagnes d'Europe depuis le début de 19ème siècle. L'usage d'appâts empoisonnés, le dénichage et le tir pour alimenter les collections zoologiques sont les principales causes de ce déclin.
Au XIXème et jusqu'au début du XXème siècle, le Gypaète barbu nichait en France dans les Alpes, les Pyrénées et la Corse.
Dans les Alpes, l'espèce était signalée comme étant devenue extrêmement rare en 1936, mais il semble en fait qu'elle ait disparu du massif alpin vers 1920, et peut-être dès 1885.
Dans les Pyrénées, l'espèce était présente au XIXème siècle de l'ouest du pays Basque aux Pyrénées centrales. Sa présence ancienne à l'est est vraisemblable. Actuellement, l'espèce est présente principalement dans la partie occidentale du massif pyrénéen.

En 1993, la population pyrénéenne de l'espèce était au minimum de 15 couples adultes sur le versant français, pour un total de 73 couples (France et Espagne). Elle est en légère progression depuis une vingtaine d'années.
En Corse, le Gypaète barbu semble n'avoir jamais été très abondant, en raison de la faible surface d'habitat favorable. En 1981, la population corse était estimée à 13-18 couples, ce qui semble nettement surestimé. Depuis une dizaine d'année, la population est stabilisée à 10 couples adultes, mais le très faible taux de reproduction ne permet peut-être pas le renouvellement des adultes.
L'espèce a fait l'objet d'un programme de réintroduction à la fin de années 80 dans les Alpes (voir chapitres ci-dessous).
La France comptait au printemps 2001, 37 couples (10 en Corse, deux dans les Alpes et 25 dans les Pyrénées) qui ont donné naissance à 7 poussins.
L'effectif européen s'élève actuellement à 130 couples environ.

Le programme de réintroduction

Le succès de la reproduction d'un couple de gypaètes dans le zoo d'Innsbruck (Autriche) a été à l'origine d'un programme de réintroduction dans le massif alpin.
Le programme de réacclimatation du gypaète barbu n'a pu être lancé qu'avec la collaboration d'établissements zoologiques de toute l'Europe. Certains zoos en sont déjà à la troisième génération de reproducteurs. Pour l'ensemble du projet, l'élevage porte maintenant sur une centaine d'individus.
Depuis 1986, 114 Gypaètes ont été réintroduits dans les Alpes françaises et italiennes, en Autriche et en Haute-Savoie, 18 d'entre eux sont morts ou ont disparu. Les naissances de six jeunes gypaètes nous prouvent la réussite de cette réintroduction aujourd'hui.
Distants les uns des autres de 200 à 300 km, les quatre sites de mise en liberté des gypaètes sont en majorité situés dans des réserves ou des parcs nationaux, dans des régions autrefois occupées par l'oiseau et aux conditions actuelles encore idéales pour l'espèce. Dans les quatre sites, de jeunes gypaètes sont lâchés chaque année sur une aire bien protégée. Leur nombre varie en fonction des résultats de la reproduction dans les stations d'élevage. Depuis 1986, plus de 100 jeunes ont pu être ainsi remis en liberté.
Dans les régions concernées, de vastes campagnes d'information ont orienté la population sur le programme de réacclimatation de l'espèce. Les jeunes oiseaux sont suivis par des collaborateurs expérimentés qui initient volontiers les intéressés au monde des gypaètes.
En France, 14 oiseaux ont été lâchés en Haute-Savoie de 1987 à 1992. L'opération a été un plein succès, et des observations de plus en plus régulières sont effectuées actuellement dans le nord des Alpes. Deux couples nichaient en 2001 en Haute-Savoie (source : L.P.O.).
Aujourd'hui, en Europe, le Gypaète barbu survit dans les Pyrénées, en Corse et en Crète, et il recolonise les Alpes depuis 1986 grâce aux reintroductions. L'effectif européen s'élève actuellement à 130 couples environ.

La méthode de réintroduction

La reproduction des gypaètes en captivité avait longtemps semblé impossible. Avant les premiers succès du zoo alpin d'Innsbruck, seul le zoo de Sofia (Bulgarie) avait réussi à quelques reprises l'élevage de l'espèce dans les années 1920. La formation aléatoire des couples due à la très difficile distinction des sexes représentait l'un des principaux obstacles. En effet, si l'on réunit deux mâles dans une volière, ils se comportent comme un couple, mais ne pondent évidemment pas d'œufs. Les nouvelles techniques de détermination du sexe ont permis de surmonter cet obstacle. Tous les jeunes sont élevés par des gypaètes adultes, l'élevage par des humains conduisant à des troubles irréversibles du comportement.

La femelle effectuant une ponte de remplacement lorsque les oeufs disparaissent au début de l'incubation, les vrais oeufs ont été placés dans des incubateurs, pendant que plusieurs parents couvaient des oeufs en plâtre dans plusieurs sites en Europe.
Les poussins ont été nourris pendant une semaine par l'homme. Pour ne pas habituer les poussins à l'homme, ils ont été replacés dans des nids et confiés à des parents adoptifs. C'est un moment délicat car le poussin peut être rejeté.
Mais les rapaces sont incapables de reconnaître leur propre progéniture. Ils prennent soin des poussins qui se tiennent dans leur aire "sans se poser de questions", c'est une des clé de la réussite de tous les programmes de réintroduction.
A l'âge de 3 mois, les jeunes, capables de se nourrir seuls, ont été libérés sur une aire de nidification dans les Alpes après avoir été marqués (décoloration des rectrices ou des rémiges primaires ou secondaires).
Approvisionnés pendant la nuit, les jeunes devaient s'habituer à leur nouvel environnement avant de prendre leur envol.
A l'âge de 117 à 126 jours, ils quittèrent le nid un à un. A six mois, ils cherchaient eux-mêmes leur nourriture.

Où chercher le Gypaète barbu en Haute-Savoie ?

Bons spots pour chercher le Gypaète barbu dans les Alpes françaises : 1) Massif du Bargy, 2) Massif des Aravis, 3) Massif de l'Arve-Giffre, 4) Mont-Blanc,
5) Val-d'Isère - Champagny, 6) Modane-Termignon, 7) Parc des Ecrins, 8) Col de Mallemort.
En vert, parcs nationaux (A : Vanoise, B : Ecrins, C : Mercantour)
Schéma : Ornithomedia.com
gypa_spots.gif

Les premières observations de gypaètes dans les Alpes françaises datent de 1989 (deux ans après les premiers lâchers effectués en Haute-Savoie) réparties sur les secteurs de Val d'Isère-Champagny (Tarentaise) et de Modane-Termignon (Maurienne). Entre 1993 et 1994, le nombre de ces observations s'est fortement accru, passant de quelques 80 à plus de 350.
En 2000, 13 individus différents ont survolé le Parc de la Vanoise. En 2001, 569 fiches de contact ont été rapportées par les gardes-moniteurs et, rien que pour le mois de décembre 2001, 11 individus différents ont été observés sur l'espace du parc.
Enfin, six individus marqués ont pu être contactés sur l'ensemble de l'année 2001.

Sur les communes de Tignes et Val-d'Isère, les gardes-moniteurs ont pu observer l'installation d'un trio en 1998, puis suivre des tentatives de
reproduction chaque année depuis 1999. Sur la commune de Termignon, le couple s'est formé à l'automne 2001. En 2002, deux couples de Gypaètes barbus nichaient dans la Vanoise (le trio et un couple). Le trio se trouve, depuis 1998, en Haute-Tarentaise, dans le secteur de Tignes-Val d'Isère. Le deuxième couple est cantonné depuis l'automne 2001 en Haute-Maurienne, au dessus de Termignon (ce secteur est d'ailleurs l'un des meilleurs pour espérer voir le gypaète dans le parc).

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Les observations de Gypaètes barbus se sont multipliées dans le secteur du Mont-Blanc
Photo : Ornithomedia.com

Autres bons secteurs :
- la commune de Reposoir
- l
e massif du Bargy, où un couple se reproduit depuis 1997 et où de nombreux autres individus sont observés
- le massif des Aravis, notamment sur la commune de Sallanches, où se trouve un site de réintroduction
- le massif de l'Arve-Giffre, entre les Réserves Naturelles de Sixt-Fer-à-Cheval et de Passy
- des gypaètes de tous âges (juvéniles, immatures, sub-adultes et adultes) sont également observés dans lemassif du Mont-Blanc, ainsi que sur des massifs de moyenne montagne (Bauges, Chablais ..).

En Isère

En Isère, les premiers gypaètes ont été observés en 1988 dans le Parc National des Ecrins. Une femelle, Nina, s'était même sédentarisée depuis 1988, en Oisans, avant d'être lâchement abattue sur la commune de Mont-de-Lans en 1993. Cependant des jeunes sont régulièrement observés dans le Parc National des Ecrins.
Des sous-prospections sont possibles comme dans la chaîne de la Belledonne.

Ailleurs

Enfin, de plus en plus d'observations ont été réalisées entre la Drôme et l'Isère, dans les secteurs du Diois et du Vercors, depuis les lâchers de Vautours fauves réalisés dans les Baronnies : une première observation a été réalisée dans le massif de Saou (Drôme) en 1994 (individu lâché dans le Mercantour).
En 1997 et 2002, deux observations ont été effectuées aux confins du Diois et du Vercors. Enfin, le 10 mai 2002, un immature est observé aux Barraques-en-Vercors (Grands Goulets), à l'ouest du Parc Naturel Régional du Vercors, en Isère. (Source : "Les vautours dans les Préalpes françaises du Sud - Bilan à la fin de l'été 2002" par J.-P. Choisy, Christian Tessier et Sylvain Henriquet).

Ethologie : attaque d'un Aigle ... | Les photos de l'attaque
     

Les photos de l'attaque

Un observation remarquable

Yvon Toupin a pu photographier en février 2005 dans la Haute Vallée de Nancroix, en bordure du Parc de la Vanoise (Haute-Savoie), un Gypaète barbu poursuivant un Aigle royal (Aquila chrysaetos) subadulte, venu à priori trop près de son aire.

Conditions photographiques

Yvon, placé à découvert, ne pense pas avoir gêné les protagonistes trop occupés entre eux; ils se trouvaient à une centaine de mètres.
Rappelons qu'en raison de la sensibilité extrême du gypaète aux dérangements, un arrêté ministériel interdit toute prise de vue ou de son, à moins de 700 m des aires, en période de reproduction (du 15 octobre à la fin août, voire plus tard pour les couples tardifs).
Matériel : Canon 1D mk2 équipé d'un 500m/m + convertisseur 1,4x, à main levée.Photos recadrées.


Gypaète barbu (Gypaetus barbatus) adulte, Haute Vallée de Nancroix (Haute-Savoie), février 2005

Photo : Yvon Toupin

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gypaete_2_17.jpg Gypaète barbu (Gypaetus barbatus) adulte poursuivant un Aigle royal (Aquila chrysaetos) subadulte, Haute Vallée de Nancroix (Haute-Savoie), février 2005
Photo : Yvon Toupin
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gypaete_1_18.jpg Gypaète barbu et Aigle royal, serres en avant, Haute Vallée de Nancroix (Haute-Savoie), février 2005
Photo : Yvon Toupin
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gypaete_2_18.jpg Gypaète barbu et Aigle royal, tournoyants ensemble entremêlés, Haute Vallée de Nancroix (Haute-Savoie), février 2005
Photo : Yvon Toupin
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Quelle est la raison de l'agression ?

Cet oiseau est connu pour sa placidité, vérifiée dans les centres d'écloserie
avant les réintroductions. Une recherche bibliographique apporte des éléments de réponse. Willy Suetens dans son livre "Les Rapaces d'Europe" écrit : "il est connu que le gypaète parasite d'autres espèces d'oiseaux comme l'Aigle royal ou le Percnoptère d'Egypte, auxquels il dérobe leurs proies en vol. Ceci peut expliquer aussi la présence de Pigeons ramiers, de perdrix ou de turdidés parmi les proies du Gypaète".
Le pyrénéiste Claude Dendaletche le confirme dans "Grands rapaces et corvidés des montagnes d'Europe" (Acta biologica Montana n°8) : "le gypaète peut parasiter des espèces comme l'Aigle royal, le Percnoptère d'Egypte,
le Vautour fauve et les corvidés".
Hérédia, en 1979, note que le gypaète suit de loin les chasses de l'Aigle royal,
puis, une fois une proie capturée, le harcèle jusqu'à ce que la proie tombe des
serres de l'aigle: il s'en saisit alors rapidement en vol.
Claude Dendaletche raconte avoir observé un gypaète immature harcelant un
Grand corbeau qui transportait un os dans son bec jusqu'à le lui faire lâcher pour s'en saisir en plein vol".
Il est intéressant de noter qu'Yvon Toupin a pris les photos sur un site parcouru
par des pistes de ski de fond et des sentiers enneigés, ce qui lui a facilité l'approche. Les observations des rapaces ont donc pu être effectuées à une centaine de mètres avec une excellente visibilité.
Aucune proie n'a été vue et cela est confirmé par les nombreuses photos prises.
Il ne s'agissait donc pas d'un acte de parasitisme mais de pure intimidation en
raison de la proximité de l'aire du Gypaète, établi dans la zone depuis 2002, suite aux réintroductions menées dans l'arc alpin depuis 1986 (aire à 1 800 m d'altitude surveillée dans le cadre du programme de réintroduction Life).
"Si le gypaète est occasionnellement"kleptoparasite", il doit cette faculté à
son vol puissant, attesté tant par la dureté des pennes que par ses formes effilées. L'incomparable élégance et la souplesse de ses évolutions surprennent chez un oiseau de cette taille" (Paul Geroudet, "Les Rapaces").
Et on ne peut s'empêcher de penser aux frégates et aux labbes auxquels le
gypaète emprunte leur agilité.


Documentation

L'association Nature Midi Pyrénées participe dans la région du même nom depuis de nombreuses années à un réseau qui assure la prospection et le suivi des nidifications de rapaces tels Aigle royal, le Milan royal, le Percnoptère d'Egypte (Neophron percnopterus), le Faucon pèlerin (Falco peregrinus) et les Busards Saint-Martin (Circus cyaenus) et cendré (C. pygargus).
Le Gypaète barbu fait l'objet d'une attention toute particulière, en raison de sa fragilité. Il faut prendre conscience des nuisances réelles exercées par les activités de plein air, les survols en parapente ou en U.L.M., l'écobuage ...
Si l'on rajoute les déficits en nourriture (Isards) à certaines périodes ou le risque de percussion des câbles à haute tension, c'est vraiment une espèce qui doit mobiliser toute notre attention.
En 2005, le réseau technique "Casseur d'Os", composé d'associations naturalistes, de responsables de parcs ou réserves, de bergers, de représentants de l'ONCFS ou des Fédérations de chasse ont dénombré 25 couples ou trios territoriaux dans les Pyrénées (Pyrénées-Atlantiques : 7, Hautes-Pyrénées : 11, Haute-Garonne : 1, Ariège : 5 et Pyrénées-Orientales : 1) avec 20 pontes ,11 éclosions et 9 jeunes à l'envol.

Une espèce à admirer

La découverte du Gypaète barbu est à la portée de tous les ornithos qui viendront dans les Pyrénées, dans la mesure où le territoire de cet oiseau est vaste et ses déplacements importants.
Contrairement au Vautour fauve qui utilise les pompes de chaleur de fin de matinée et cercle pendant des heures dans le ciel, le Gypaète peut être vu dès le matin, même sous la pluie, près des crêtes dont il suit les parois.
Vous trouverez sur le lien fr.groups.yahoo.com/group/obsmip/files/GYPA
(créez un compte yahoo pour y accéder) les critères d'identification en couleurs avec photos( à enregistrer et à imprimer au format A4) qui vous
permettront d'évaluer l'âge des gypaètes observés, et le code couleur pour comprendre les marquages faits sur les oiseaux venant d'Espagne.

Remplissez une fiche d'observation

Vous pouvez envoyez vos fiches d'observation à la coordinatrice Martine Razin, Oihan Aldea, Route Croix, 64210 Ahetze.

 


Date de création : 12/10/2008 @ 23:10
Dernière modification : 09/01/2014 @ 13:56
Catégorie : - Rencontre avec les Rapaces
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